Accueil > Actualité ciné > Critique > Le Nouveau Protocole mardi 18 mars 2008

Critique Le Nouveau Protocole

In remedium venenum, par Ariane Beauvillard

Le Nouveau Protocole

réalisé par Thomas Vincent

Troisième film de Thomas Vincent, Le Nouveau Protocole retrouve la même violence (intéressante) des rapports humains que celle de Karnaval et Je suis un assassin. Mais si son nouveau polar développe un thème inédit dans le cinéma français et conjugue dénonciation politique et portrait de génération, il ne parvient pas vraiment à créer un rythme, et, ainsi, le polar lui-même tombe souvent à plat.

Un homme désespéré par la mort de son fils va traquer la grande industrie pharmaceutique pour prouver que l’accident de voiture de sa progéniture n’était pas... un accident. Sur le papier, voici un superbe polar politique à l’américaine avec tout ce qu’un tel scénario pourrait comporter de dénonciations subversives sur les trusts, de rythmes effrénés et de définitions terribles de notre monde impitoyable rongé par le profit et les magouilles. Le problème est que le scénario n’est jamais assez complexe, assez construit pour que l’on puisse comprendre ou même voir la portée d’une telle dénonciation. Il est cependant assez rare que le cinéma français s’intéresse à ce genre de sujets, ce qui est intéressant en soi. Mais on est malheureusement encore assez loin de Révélations de Michael Mann ou même d’Erin Brockovich de Soderbergh. Les dialogues ressemblent ainsi à des sous-titres de films à scandale qui font chavirer de temps à autres les colonnes Morris tels que le futur fameux : « Il est important de vous prouver que vous êtes malade pour vous soigner. »

Amateur dans Karnaval des westerns urbains, Thomas Vincent se plonge dans la vie d’un exploitant forestier qui va définitivement sortir de son monde : physiquement d’une part, puisque Raoul/Clovis Cornillac monte à la ville, lieu de perdition, pour traquer les assassins multinationalisés de son fils ; mentalement de l’autre puisqu’il découvre que loin des pins se trament des affaires très louches, et se politise ainsi. Pourquoi pas ? Mais, paradoxalement, le film pèche par volonté de lier tout et rien, comme par faiblesse scénaristique. Vincent se rend par exemple en Afrique pour dénoncer les fausses campagnes de vaccination et ne s’en sert que pour montrer que le personnage de Marie-Josée Croze a fait des recherches. La Diane en question est une sorte d’alter-mondialiste un peu excessive voire hystérique (assez pompeusement interprétée d’ailleurs par Mlle Croze) dont le mari est mort également à cause d’un mauvais traitement. Elle oscille depuis entre l’entretien de l’araignée qu’elle a dans le plafond et la lutte-débat ras des pâquerettes.

La représentation des alter-mondialistes est assez curieuse cependant : loin de prendre le parti un peu aveugle d’une cause, le réalisateur préfère montrer les défauts de chacun, les contradictions qui sont inhérentes à toute lutte de ce type. Mais le discours politique s’arrête là : sans tomber dans le moralisme partisan, on attendrait un peu plus de vigueur dans la peinture moderne. Le film se contente d’une multiplication de scène sensée donner un rythme à la cavale des deux vengeurs pas très masqués. Thomas Vincent a choisi de faire de son film une suite de poursuites, mais celles-ci n’ont pas vraiment de liens cinématographiques entre elles : le rythme retombe toujours, notamment à cause de la fascination visible que le réalisateur porte à son acteur principal. L’arrière-plan est quasi absent et les gros plans sur le visage de Clovis Cornillac finissent par lasser et prouver que si T. Vincent a voulu traiter un sujet sensible, il ne parvient pas à créer un décor de cinéma. En clair, les fondements étaient intéressants, mais le tout est bien systématique.

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