Accueil > Actualité ciné > Critique > Le Passager de l’été mercredi 7 juin 2006

Critique Le Passager de l'été

Douce France, cher pays de mon enfance, par Carole Wrona

Le Passager de l’été

Qu’il était si doux le temps des meules de foin, des repas de bonne chère et des bals le samedi soir, le village et les paysages, les paysans aussi et les femmes, le jeune commis et la dure fermière, comme jadis Signoret-Delon dans La Veuve Couderc, maintenant Catherine Frot et Grégori Derangère. Ainsi s’enchaînent des clichés qui sentent bon le pot-au-feu et, pour son premier film, Florence Moncorgé-Gabin a puisé au fond de ses souvenirs des petits détails délicats en leur collant malheureusement un scénario et une réalisation bien convenus.

Ce film s’inscrit dans le genre terroir. Et il y en a beaucoup de ces téléfilms sur France 3 le samedi soir : des fermes, des drames, des amours, des paysages, de la sueur aussi, des torses mâles et quelques cuisses féminines, bref, que du bonheur rural. Et peut-être est-ce tout cela, – ce scénario sans histoire, cette musique dénuée d’originalité, ces paysages en travelling – qui finit par lasser le spectateur. Le drame s’appuie sur la rencontre entre Joseph (Grégori Derangère) venu travailler dans « la ferme à Monique » et Monique (Catherine Frot), femme abandonnée par son mari au sortir de la Seconde guerre. Des désirs s’enchaînent car le jeune homme n’est pas farouche et après la mère, il vagabonde dans les bras de la fille, Jeanne (Laura Smet). Un enfant naîtra, à qui, justement, quarante ans plus tard, cette histoire passionnelle est racontée.

Des corps sensuels à des plans consensuels, l’écart se creuse à peine. Zoom sur la nuque de Joseph pour accentuer le désir montant de Monique, plan serré du corsage de la fermière pour montrer ou démontrer bien plutôt au spectateur l’attrait qu’exerce sur le commis la belle Catherine Frot, ou plans rapprochés des jeunes amants nus dans un grand lit, succession clichée montée en fondu enchaîné... Le désir cinématographique a bien du mal à se renouveler. Quarante ans que des cinéastes, parlons des Français (Garrel, Godard, Desplechin, Carax,...), se battent pour qu’enfin les mêmes mouvements de caméra, ces satanés travellings pour faire découvrir le paysage, ces zooms qui définissent une montée, de désir, de violence, ... ces fondus enchaînés car s’enchaînent les corps, que tous ces mêmes mouvements se « dépoussièrent » enfin. Oui, ils sont reconnaissables d’emblée par le public, oui, ils rassurent, mais un film de cinéma ne doit pas rassurer et s’assurer lui-même, assurance tous risques, prise de risque zéro, et oui, et c’est là où le critique peut, à juste titre, s’emporter. Florence Moncorgé-Gabin a pourtant -ne l’oublions pas, c’est son premier film- des qualités : excellente direction d’acteurs et qualité d’observation, observation pour le travail, celui des champs, pour les mains, celles qui tissent des meules de foin, celles qui sortent régulièrement de la poche un canif, celles qui débarrassent la table, mains de Joseph et de Monique qui s’opposent à celles toujours invisibles de Jeanne l’institutrice (surtout et avant tout une voix).

Il y a, en filigrane, l’histoire d’une rencontre entre une réalisatrice et une actrice, Catherine Frot, et ces plans délicats qui entourent cette silhouette, il y a aussi tous ces plats de terroir qui brûlent et ces volutes de fumée au-dessus d’eux, il y a des petits pans de détails, les traces d’un souvenir et un grand regret, cinématographique celui-là.

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