Accueil > Actualité ciné > Critique > Le Skylab mardi 4 octobre 2011

Critique Le Skylab

Famille nombreuse, famille heureuse, par Fabien Reyre

Le Skylab

réalisé par Julie Delpy

Depuis qu’elle promène sa silhouette d’éternelle jeune fille un brin gouailleuse en France, en Europe ou aux États-Unis, du cinéma à la télévision, Julie Delpy est devenue une sorte de sympathique cousine de celluloïd, qui nous donne de temps en temps des nouvelles à travers une filmographie pour le moins surprenante, où l’on croise Godard et Carax, Tavernier et Kieslowski, Schlöndorff et Jarmusch, mais aussi une bluette romantique devenue culte (Before Sunrise) et sa suite (Before Sunset), et même la série Urgences. Devenue réalisatrice, elle semble là encore s’amuser à brouiller les pistes : quoi de commun entre la comédie romantique indé 2 Days in Paris, le film horrifique La Comtesse et ce Skylab ? Absolument rien, ce qui fait à la fois le charme et la limite de Julie Delpy cinéaste.

Le Skylab est un de ces films à fort potentiel populaire, qui repose entièrement sur la connivence qu’il établit avec le spectateur : la nostalgie (on est en 1979), l’identification (une réunion de famille en Bretagne, avec oncles relous, cousins en pleine explosion hormonale et mamies qui yoyottent) et l’humour fédérateur tendance Charlie Hebdo, Reiser et Brétécher, qui emballera sans trop de mal le public auquel le film s’adresse (les 30-60 ans, en gros). Delpy joue avec plus ou moins de bonheur sur les contrastes entre cette famille globalement conservatrice, férue de Giscard, de Sardou et de méchoui, et le couple de soixante-huitards qu’elle incarne avec Éric Elmosnino. Dans ses meilleurs moments, Le Skylab séduit par sa férocité, dans laquelle on reconnaît le franc-parler de l’actrice-réalisatrice, qui ne recule pas devant la caricature et s’acquitte plutôt bien de l’exercice périlleux du jeu de massacre, qu’elle contrebalance par une tendresse qui n’est jamais feinte (on oubliera, avec un peu d’indulgence, les catastrophiques scènes de début et de fin). Mais la multiplicité des personnages limite le film à une succession de sketches plus ou moins convaincants qui tuent toute empathie, quand parfois on aurait aimé s’attarder sur l’un(e) ou l’autre des membres de cette famille et fouiller un peu plus dans leurs névroses. Dénué de toute ambition esthétique, Le Skylab ressemble finalement bien aux vieilles photos de famille retrouvées dans un buffet : pas toujours bien cadré, à la fois embarrassant et touchant, et que l’on s’empressera d’oublier comme la plupart des souvenirs qui émergent d’une époque dont on n’est vraiment pas nostalgiques.

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