Accueil > Actualité ciné > Critique > Le Teckel mardi 18 octobre 2016

Critique Le Teckel

Humeur noire, par Adrien Dénouette

Le Teckel

Wiener-Dog

réalisé par Todd Solondz

Comme d’un gosse un peu doué qui s’obstinerait à ne jamais progresser, on ne sait plus trop quoi faire du cas Todd Solondz. À désormais cinquante-sept ans et en dépit d’une filmographie remarquée pour sa vision white trash d’une Amérique en éternelle gueule de bois, l’auteur de Happiness semble ainsi condamné à ne jamais atteindre le niveau « Ligue des Champions » du cinéma indé. Et ce n’est pas ce modeste Teckel, accueilli par les grimaces du public de Deauville, qui nous fera dire le contraire. Autrefois logé dans de savoureux récits conceptuels – à l’image de Palindromes, dont le protagoniste changeait quatre fois d’acteurs, et qui offrait, à défaut d’une idée vraiment fertile, une petite note freak –, il semblerait que le sadisme sur lequel repose sa réputation d’enfant terrible ne doive même plus s’embarrasser d’une intrigue. Si bien que les quatre sketchs en quoi consiste ce nouveau feel bad movie, plus ou moins liés par la présence anecdotique d’un teckel, finissent par ressembler à un bout à bout d’idées foireuses, récupérées dans la corbeille d’un cinéaste en rade de Juvamine.

Antipathie has-been

Visiblement déconnecté de ses inspirations passées, quand l’amertume d’une fillette un peu laide muait en héroïsme acrimonieux (Bienvenue dans l’âge ingrat), Solondz s’en remet donc à ce qu’il sait faire de mieux : se rendre, au prétexte d’une comédie noire et sans sucre, le plus antipathique possible. Pas de quoi réconcilier le cinéaste avec ses détracteurs, tant les quatre histoires confinent à la cruauté la plus gratuite qui soit. Et, de fait, outre la promesse d’un plan cul faite à une vieille fille à la fin du deuxième segment (oubliable Greta Gerwig), rien ne viendra colorer ce tableau métastasé de la moindre nuance d’espoir. Mais le vrai problème, c’est qu’il n’y a pas de nouveau chef d’accusation non plus, à porter au procès en sorcellerie du ciel éternellement bas et lose de l’American nightmare de Solondz. Et malgré les témoignages des premiers spectateurs de festivals, unanimement « choqués » par la noirceur du film, on a eut beau chercher, mais le cinéaste ne fait bien que ruminer ses petites marottes de toujours.

Torture-porn

Paresse mise à part, reste que sur le terrain du cynisme faussement-rédempteur et de l’innocence maltraitée, Le Teckel fait quasiment office de torture porn tous publics. Du petit cancéreux en phase de rémission à qui l’on offre, avant de le piquer, un chien pour tromper l’ennui, à ce prof de cinéma dépressif qui finira par piètrement appliquer dans la réalité une théorie qui peinait déjà à faire ses preuves au cinéma (Danny DeVito, très bon dans son registre d’honnête homme ratatiné par sa propre médiocrité), en passant par une soûlarde esseulée dont le teckel se fait aplatir par un convoi de semi-remorques, rarement un film – même de Solondz – aura si fièrement battu en brèche les plus petites pousses de tendresse. Quitte à spoiler l’épilogue, et après l’avoir houspillé comme jamais le meilleur ami de l’homme l’aura été au cinéma, à noter qu’il fallait quand même oser faire de la résurrection du clébard en peluche pour FIAC le point final, et vraiment pathétique, de ce nectar de provocation vacharde. Sous l’angle de l’humour le plus grinçant possible, c’est opiniâtre, et c’est même assez courageux, mais à tous les autres points de vue, c’est sans grand intérêt.

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