Accueil > Actualité ciné > Critique > Le Vilain mardi 24 novembre 2009

Critique Le Vilain

Mauvais fils, par Romain Genissel

Le Vilain

réalisé par Albert Dupontel

Depuis son dernier opus, Enfermés dehors, le cinéma cartoonesque d’Albert Dupontel tend à arrondir les angles et semble même se repaître d’une approche candide et « féérique » que l’on jugera très éloignée des folies punkisantes de l’auteur de Bernie. Est-ce son exil dans la cour des personnages de Jeunet qui participe à donner aux derniers films de Dupontel cet aspect mièvre où les bons sentiments côtoient des délires déviants aujourd’hui sans véritable tenue ? Le Vilain vient le confirmer.

Au départ, le cinéma de Dupontel est un cri primal, nécessairement grimaçant. Cascades rocambolesques, personnages d’écervelés jamais stoppés par les barrières morales, le cinéma de Dupontel carburait à l’hypertrophie et pouvait se voir comme un bras d’honneur à tout un pan du cinéma français limité à son nombrilisme bavard et le peu de dynamisme qui en résultait. Suivant cette quête transgressive et comique, Dupontel s’exhibait mauvais élève, vilain de la cour qui roulait sur des pions inanimés tout en étant épris de compassion pour ses personnages de furieux qui offraient une liberté folle (démonstrative aussi) à ses scénarios. Un poil à gratter qui réglait ses comptes et distribuait des uppercuts à un monde rigide et nécessairement figé. Or s’il ne se disciplinait jamais et n’offrait évidemment pas au cinéma ses lettres de noblesse ni ses perspectives discursives, Dupontel était un homme unique dans le paysage automnal d’un cinéma parfois engoncé dans son attachement à la grandeur de son héritage.

Mais ce constat sévère ne doit pas élever Dupontel au rang de sauveur décalé ni pousser l’analyse dans des retranchements aveugles. Le Vilain pousse le jeu dans l’excès de caricature et comporte à l’évidence bien trop d’écueils pour qu’ils ne soient pas mentionnés ici. Ancien braqueur ayant passé pas mal d’années au trou, le vilain (c’est son nom) est comme à l’habitude une pile décérébrée, ici recherchée par l’ordre policier (l’émouvante et tenace cible des films de Dupontel). En cavale dans un monde qu’il ne reconnaît plus et qui prend de fait des allures de parc d’attraction, le vilain tombe nez à nez avec le lotissement où il a vécu enfant et met alors en place un plan (sommaire) par lequel il va pouvoir s’y retrancher. Mais sur le perron de son ancienne bicoque il va retrouver sa génitrice (Catherine Frot), vieille femme en guerre pour la sauvegarde de son lotissement et indécrottable mère poule illuminée par le retour de son bichon. De là va se jouer une ribambelle de quiproquos et un affrontement à distance entre la mère aimante et son loufoque de fils.

Or toutes les frictions qui pouvaient naître des retrouvailles familiales tombent directement dans un duel où les deux acteurs viennent cabotiner et donner à leurs accents les pires intonations. D’entrée de jeu, on jure qu’à travers les pitoyables grimaces qu’ils étirent, ces deux là ne vont pas vraiment se regarder et finalement donner le spectacle d’une lutte dont les ressorts sont aussi prévisibles que l’arrivée d’un train en gare de La Ciotat. À l’intérieur de la chambre immaculée où notre vilain se terre et retrouve bibelots et autres magots enterrés, Dupontel se paie le luxe de tartiner une pâte nostalgique que Jeunet n’aurait pas désavoué. Au sein de ce lieu qui s’affiche comme étant le décor « spectaculaire » du film, Dupontel se livre à un grand fourre-tout d’attractions mécanisées où les angles obliques et les points de vue pris sur dos de tortue (oui) imposent des visions d’horreurs à nos rétines. L’entreprise vire alors à l’enfermement étouffant et les personnages secondaires peinent malgré tous leurs efforts (le médecin interprété par Nicolas Marié) à susciter un minimum d’intérêt. Que dire encore si ce n’est que le clou final est sans doute ce que l’on a vu de plus navrant cette année en termes de comédie (française ou non). Que l’on pourrait finalement voir à travers cette dernière des images de château de cartes qui s’écroulent, de soufflets qui retombent, d’un film qui patine, d’un réalisateur qui n’aurait plus que deux jours de tournage à tuer. Alors, si le masochisme vous étreint au point qu’un braquage à la caisse du cinéma ne vous effraie plus, pénétrez l’antre… Les autres peuvent aller revoir Les Beaux Gosses et soutenir son jeune et prometteur réalisateur.

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