• Le Voleur de lumière
  • (Svet-Ake)

  • Allemagne, France, Pays-Bas
  • -
  • 2010
  • Réalisation : Aktan Arym Kubat
  • Scénario : Aktan Arym Kubat, Talip Ibrahimov
  • Montage : Petar Markovic
  • Musique : Andre Matthias
  • Production : Pallas Film
  • Interprétation : Aktan Arym Kubat («Monsieur Lumière»), Taalaikan Abazova (Bermet), Askat Sulaimanov (Bekzat), Asan Amanov (Esen), Stanbek Toichubaev (Mansur)...

Le Voleur de lumière

Svet-Ake

réalisé par Aktan Arym Kubat

Présenté en 2010 au festival de Cannes|critique du film Svet-Ake (Le Voleur de lumière) à l’occasion de sa présentation à la Quinzaine des Réalisateurs du festival de Cannes 2010 dans la Quinzaine des Réalisateurs, Le Voleur de lumière sort en salles en France. Après sa trilogie autobiographique (Le Fils adoptif, La Balançoire et Le Singe), le réalisateur kirghize Aktan Abdikalikov change de nom pour éviter les affres de la célébrité et signe ce nouveau film sous celui moins russisant de Aktat Arym Kubat. Avec Le Voleur de lumière, il dresse un état des lieux de son pays en choisissant le ton de la légèreté mais sans pour autant se défaire d’une lucidité sur la situation politique encore incertaine.

«Monsieur Lumière» («Svet-Ake») est un électricien astucieux d’un petit village. Il aide les habitants les plus démunis à se procurer de l’électricité illégalement tout en rêvant à son projet de produire l’énergie de la région grâce à des éoliennes. Mais les terres des villageois sont convoitées par un riche homme d’affaires qui pourrait bien exploiter le savoir-faire de l’électricien. Et quand le maire du village meurt, une nouvelle période s’ouvre et la corruption s’installe. Ici, la fiction rattrape la réalité, puisqu’en 2010 ont éclaté dans le pays de violentes émeutes contre la corruption et la stagnation du niveau de vie. Le film est empreint en quelques sortes de ces prémisses et c’est probablement ce contexte social qui explique en partie pourquoi neuf années ont été nécessaires pour l’écriture et la recherche de financements pour cette fiction, tournée en seulement un mois. C’est dire les conditions difficiles de production au Kirghizstan, ancien satellite russe et c’est probablement ce qui permet à cette fiction d’être imprégnée d’une certaine approche documentaire. En faisant appel en partie à des acteurs amateurs, le réalisateur laisse se dessiner en toile de fond une radiographie de la situation socioéconomique de cette toute jeune démocratie. Et si l’apparente légèreté est souvent de mise, Aktan Arym Kubat pose un regard profondément critique sur les dérives de l’économie galopante qui vient gangrener les traditions séculaires.

Ce constat accablant est contrebalancé par un vent d’optimisme. Le jeu est au cœur de ce film. Il permet au réalisateur d’opérer une certaine distanciation. Ainsi les événements les plus cruels sont relatés avec une certaine ironie. Le réalisateur et acteur principal incarne un héros naïf empreint de bonhomie. Il exerce son métier avec bonheur, évitant les sanctions des autorités comme un enfant craindrait de se faire rabrouer par ses parents. Il aborde ainsi la vie avec légèreté au grand damne de son épouse. Cette bulle d’optimisme est renforcée par l’attention qu’il porte aux jeux des enfants. Il saisit la poésie et l’innocence de leurs distractions quand ils font voler des sacs plastiques ou jouent à la marelle. Même quand il se fait violemment passer à tabac, cela se déroule comme dans un jeu de bouzkachi (sport équestre d’Asie centrale dans lequel des cavaliers rassemblés en équipe doivent s’emparer du cadavre d’une chèvre pour remporter des points). Il devient dans cette scène la bête traquée par ses oppresseurs. Mais le réalisateur fait preuve d’un certain optimisme à l’égard de son pays en adoptant dans son récit les codes du conte pour enfant, assumant les rapports manichéens entre les méchants investisseurs et de l’autre les bons villageois. Ce parti-pris est d’ailleurs souligné par l’usage récurrent de fondus au noir qui ponctuent chaque séquence comme les chapitres d’un livre. Généreuse, la caméra privilégie les grandes profondeurs de champs et les nombreux plans en plongée pour magnifier la nature, ce qui donne à ce film fragile un souffle et une énergie communicative.