Accueil > Actualité ciné > Critique > Les Beaux Jours mardi 18 juin 2013

Critique Les Beaux Jours

Petites parenthèses, par Clément Graminiès

Les Beaux Jours

réalisé par Marion Vernoux

Marion Vernoux ne nous avait pas donné la moindre nouvelle depuis neuf ans et la débâcle de son dernier film, À boire. Dans Les Beaux Jours, son goût pour les petites dépressions existentielles un brin narcissiques ne se dément pas. Seulement, en s’adjoignant les services de Fanny Ardant et de Patrick Chesnais, la réalisatrice offre un film plutôt juste, modeste et empreint d’une jolie tendresse. Dommage cependant que le scénario n’évite pas certains lieux communs.

Caroline, interprétée par Fanny Ardant dans Les Beaux Jours, rappelle d’une certaine manière le personnage qu’incarnait Valeria Bruni-Tedeschi dans Rien à faire (1999), signé de la même réalisatrice : l’arrêt d’une activité professionnelle laissant place au vide, la tentation de la passion adultère pour y remédier. Entre ces deux films existent pourtant deux différences de taille : le contexte social (le chômage et la précarité dans Rien à faire, la retraite et le confort bourgeois dans Les Beaux Jours) et la question de l’âge qui épouse une nouvelle tendance du cinéma français (et américain) à mettre de plus en plus en scène le désir et la sexualité chez les personnes vieillissantes. Ce n’est donc pas sans une certaine appréhension qu’est envisagé le nouveau film de Marion Vernoux : on craint d’abord l’égrenage de clichés sur la « femme mûre mais toujours très classe » (personnage qui sied un peu trop facilement à Fanny Ardant) engoncée dans un ennui que la médiocrité du monde environnant est incapable de comprendre ; on craint également que la relation adultérine soit le maigre prétexte à un petit frisson bourgeois sans conséquences, loin de la perversité de Claude Chabrol dans La Femme infidèle ou de la passion destructrice de François Truffaut dans La Femme d’à côté.

Les scènes d’exposition peinent dans un premier temps à contredire cette inquiétude en jouant sur des divergences de vues entre le personnage principal et son entourage, comme pour mieux justifier le chemin de traverse qui s’annonce un peu lourdement. Pour occuper ses journées de dentiste retraitée, Caroline se voit offrir par ses deux filles un abonnement au centre Les Beaux Jours, lieu de sociabilité qui lui permet de se faire de nouveaux amis (le tableau est assez peu inspiré même si on y retrouve avec plaisir Marie Rivière et Jean-François Stévenin) autour d’activités aussi diverses que le théâtre, la poterie ou encore l’informatique. Dans cette petite ville côtière du nord de la France, on sent bien que les éclaircies se font rares et ces nouvelles activités sont évidemment présentées comme d’artificiels rayons de soleil. Jusqu’au jour où Caroline rencontre Julien (Laurent Lafitte), de vingt ans son cadet, avec qui elle va vivre une relation sans grand lendemain, en cachette de son mari Philippe (Patrick Chesnais) avec qui la tendresse et la complicité sont pourtant toujours de mise. Cet amour naissant, Marion Vernoux choisit de le mettre en scène en mode mineur, misant avant tout sur la générosité de ses interprètes et sur sa caméra caressante mais rarement complaisante, attentive aux doutes de Caroline, lui épargnant les scènes les plus attendues du genre.

La plus belle inspiration de la réalisatrice est donc d’avoir mis de côté les coups d’éclat et les scènes d’hystérie pour tenter de faire éclore la singularité de ses personnages. D’ailleurs, s’il est parfois question de solitude, elle n’est jamais sourde ou insurmontable, juste le reflet de petits compromis que chacun fait avec lui-même. Les deux scénaristes n’ont jamais cherché à distribuer les bons ou mauvais points, ni même à s’interroger sur une quelconque faute. Si quelques interventions s’avéraient dispensables (l’histoire de la meilleure amie décédée ressassée à deux reprises, la raideur de la fille cadette), Les Beaux Jours affiche sa quête d’une justesse du milieu, que certains jugeront probablement impersonnelle, mais qui a au moins le mérite d’assurer une délicate synthèse entre passion et raison, sans jamais dissocier les deux. En dépit de sa courte durée (1h34), le film prend le temps d’écouter, notamment lorsque que Caroline tente avec des mots d’écrire la suite d’une liaison qu’elle appréhende difficilement puisqu’elle n’est basée que sur le ressenti. Si le sentiment de défaite pointe parfois le bout de son nez (notamment dans une scène finale à l’euphorie peu inspirée), il n’est cependant le contrepoint d’aucune victoire. C’est cette absence de volontarisme qui fait le modeste prix de ces Beaux Jours.

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