Accueil > Actualité ciné > Critique > Les Enfants de Timpelbach mardi 16 décembre 2008

Critique Les Enfants de Timpelbach

Trop d’enfant tue l’enfant, par Vincent Avenel

Les Enfants de Timpelbach

réalisé par Nicolas Bary

Adapté du classique de la littérature enfantine homonyme, Les Enfants de Timpelbach, production tricolore tente sa chance en tant que film de Noël 2008, en l’absence de toute concurrence sérieuse, Madagascar 2 excepté. Il y a fort à parier que ces Enfants, déjà bien médiatisés, soient un succès annoncé, mais guère mérité – entre promesses non tenues et mièvrerie insupportable.

En 1937, l’auteur allemand Henry Winterberg proposait avec son roman Les Enfants de Timpelbach cette idée, qui n’est pas aussi éloignée de notre société que de la sienne propre : et si, lassés de tenter d’éduquer leurs insupportables garnements, les parents choisissaient simplement de les abandonner, laissés à eux-mêmes ? La portée satirique de l’imagination de Winterberg (destinée avant tout à soutenir un petit enfant malade de sa famille à l’origine) est évidente, et doublée d’un talent de narrateur qui a fait des Enfants de Timpelbach un classique de la littérature enfantine.

Il y a fort à parier, hélas, que le film de Nicolas Bary ne connaisse pas le même destin. Il n’est pourtant pas exempt de qualités : ainsi, le film tente de coller à l’imaginaire très steampunk (mélange de fin du XIXe siècle européen et de technologie suravancée à la Jules Verne) du roman originel, et y réussit partiellement, avec une esthétique urbaine profondément intemporelle. Timpelbach apparaît ainsi comme un gigantesque terrain de jeux baroque, parc d’attraction ouvert à tous les vents, impression renforcée par les costumes outranciers des protagonistes.

Nicolas Bary se laisse aller à certaines audaces remarquablement bienvenues, telle que la séquence introductive, réalisée en animation, et qui réussit avec une grande efficacité à poser les bases de la situation précédant le départ des parents. De même, lorsque l’un des enfants abandonnés se saisit d’une antique caméra pour devenir le reporter officiel de la ville, Bary s’amuse à intégrer à son film certaines de ses prises de vues… Le film est ainsi parsemé de trouvailles et d’audaces visuelles, qui ne réussissent pas cependant à relever le niveau d’un scénario dangereusement simplifié et d’une interprétation parfois plus que calamiteuse.

Lorsque l’on fait tourner des enfants, on peut distinguer deux types d’interprétation : certains jeunes acteurs parviennent avec aise à interpréter leurs rôles, tandis que d’autres, ostensiblement, ne font que « jouer un enfant jouant un enfant », au mépris de toute spontanéité. Si Raphaël Katz, Adèle Exarchopoulos, Léo Paget ou Martin Jobert s’en sortent plus qu’honorablement, nombre de jeunes acteurs semblent manquer de naturel. Ce n’est rien, cependant, comparé aux contreperformances terrifiantes de Carole Bouquet, et surtout de Gérard Depardieu ou Armelle, qui, au diapason de la plupart des autres adultes du récit, interprètent leurs personnages avec une grossièreté de trait désespérante.

Quand cessera t-on de penser les récits destinés aux enfants comme des sommets de mièvrerie, de prendre les plus jeunes pour des demeurés ? Le scénario tombe lui aussi dans ces mêmes travers, en insistant pour infantiliser le récit : Timpelbach devient, après le départ des parents, un champ de bataille entre les plus redoutables et les plus destructeurs des enfants et ceux qui désirent conserver un semblant d’ordre. Mais la confrontation entre les deux tourne à vide, tant la cruauté enfantine est évacuée du récit.

Si Les Enfants de Timpelbach n’est pas Sa Majesté des Mouches, ce n’est cependant pas une raison pour vider le film qui en est adapté de tout réel enjeu. Formaté pour le plus grand public, ne prenant pas vraiment de risque, Les Enfants de Timpelbach se regarde sans le déplaisir qui accompagnait un autre grand ratage du genre, Le Petit Poucet. Le film nous mène à sa prévisible conclusion sans vraiment de suspens, sans attiser ni l’intérêt ni l’hostilité. C’est déjà ça… mais ce n’est vraiment pas grand-chose.

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