Accueil > Actualité ciné > Critique > Les Hauts de Hurlevent mardi 4 décembre 2012

Critique Les Hauts de Hurlevent

Explication de texte, par Vincent Avenel

Les Hauts de Hurlevent

Wuthering Heights

réalisé par Andrea Arnold

Auréolée du soutien public et critique apporté à son précédent film, Fish Tank, Andrea Arnold poursuit sa carrière avec une nouvelle adaptation du classique d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurlevent. Il s’agit, dans ce nouvel avatar du roman gothique archétypal, de se débarrasser de l’image romantique du genre, de mettre l’accent sur la cruauté émotionnelle – un angle narratif dont la réalisatrice anglaise, engluée dans un symbolisme brutal, peine à se dépêtrer.

Heathcliff aime Cathy, mais Heathcliff est l’étranger, le moins que rien, le paria – qui plus est, il est cette fois noir, dans un Yorkshire du XIXème qui ne brille pas par sa tolérance raciale. Cathy l’aime aussi : il symbolise son désir de liberté. Mais les conventions les séparent, et chacun des deux ravive régulièrement les déchirures qui vont les mener, sans répit, au Désespoir, à la Folie et à la Mort...

Ah, le roman gothique !, les Grandes Passions engoncées dans le carcan du comme-il-faut, les amants fragiles laissés à la merci des Vents de l’Existence, qui vont les éroder cruellement, avant de les balayer comme autant de fétus de paille ! Manifestement, les monts reculés du Yorkshire profond et l’imaginaire d’Andrea Arnold ont en commun cette métaphore : les vents y hurlent à plein micro – c’est à croire que l’ingénieur du son le fait exprès !

Déterminée à plonger son auditoire dans des transes angoissées comme autant de Roderick Usher, Andrea Arnold en rajoute dans le domaine des pluies diluviennes. On ne peut d’ailleurs qu’admirer la constance de ses protagonistes qui, pour apaiser leurs tourments de cœur et de corps, passent des heures sous une pluie qu’on devine glacée, risquant à chaque instant une pneumonie qu’ils n’attraperont jamais, ce serait trop simple. Parfois, pour changer, la réalisatrice préfère la brume, sous laquelle les paysages du Yorkshire sont d’ailleurs fort photogéniques...

Le bestiaire local est également diablement utile à Andrea Arnold : ce vent omniprésent, ces pluies colossales, c’est le symbole de la passion impétueuse ; les animaux, celui de l’irrépressible force bestiale de l’instinct et du désir qui possèdent Cathy et Heathcliff (et même Hindley, le frère de Cathy, qui se livre à des ébats nocturnes dans les fourrés lors d’une séquence impromptue, mais probablement très signifiante). Le montage va donc nous asséner aussi souvent que possible – et c’est très souvent possible – ces plans animaux : manifestement, qu’il soit vent, pluie, ou animal de passage le symbole doit être ressassé à l’envi si l’on veut qu’il soit compris.

Quant à ses protagonistes humains, Andrea Arnold va diviser le récit en deux temps : l’enfance et l’âge adulte. La caméra portée va nous donner, dans un premier temps, l’occasion de percevoir le monde à travers les yeux de Heathcliff, le mutique étranger qui, avant de savoir parler la langue locale, doit dans un premier temps rendre ses regards surexpressifs. La caméra court quand Heathcliff court, se perd dans les cheveux de Cathy avec lui, et subit comme lui les coups revanchards assénés par Hindley, le frère jaloux. C’est important que ces moments soient bien ressentis, perçus : on s’en resservira à l’âge adulte avec des citations directes et frontales, afin de mieux dépeindre les sentiments d’Heathcliff.

Lâchée dans les monts du Yorkshire, Andrea Arnold parcourt Les Hauts de Hurlevent avec la légèreté d’un bataillon d’infanterie. Sa volonté avouée de mettre en scène les terribles blessures et les obsessions morbides des personnages du roman (en lieu et place de la lecture hollywoodienne de celui-ci, beaucoup plus romanesque) est tout à fait louable, le choix de situer son action dans un cadre minéral, âpre propre à construite un contexte digne du roman gothique, également. La lourdeur pachydermique avec laquelle la réalisatrice illustre son propos, en revanche, l’est beaucoup moins. Vouloir apporter du sang neuf à un texte mille fois adapté, c’est bien, mais ce n’est pas tout.

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