Accueil > Actualité ciné > Critique > Les Rayures du zèbre mardi 4 février 2014

Critique Les Rayures du zèbre

Le monde en noir et blanc, par Pierre-Édouard Peillon

Les Rayures du zèbre

réalisé par Benoît Mariage

Animé par une ambition métonymique, le projet des Rayures du zèbre tient en quelques mots : proposer une radiographie des relations entre l’Europe et l’Afrique noire à travers la rencontre et le parcours d’un couple de personnages – José (Benoît Poelvoorde), agent de footballeur belge sur le déclin, et Yaya, jeune joueur malien talentueux (Marc Zinga). Cette petite entreprise montée en trois temps (la découverte du joueur au Mali, la difficile intégration en Europe et le retour en Afrique) oscille entre un traitement comique, jonglant allégrement avec les différences culturelles qui séparent les deux protagonistes, et une approche plus désenchantée de son sujet. Entre cet esprit désinvolte et ce programme sérieux, le film laisse émerger une zone intermédiaire qu’il peine malheureusement à investir pleinement : comme les rayures du zèbre, le noir et le blanc s’alternent méthodiquement – sans qu’une nuance de gris ne vienne troubler un peu le constat bipolaire mis en place par une intrigue trop concentrée sur l’itinéraire parfaitement huilé de José.

Relents post-colonialistes

Sans être véritablement choquant, Les Rayures du zèbre joue un peu avec le feu. Armé de sa ferme volonté de ne pas sombrer dans le « politiquement correct », le réalisateur Benoît Mariage tourne le dos aux discours condescendants sur l’Afrique pour accueillir à bras ouverts toute une flopée de dialogues et de punchlines potentiellement perturbants. Il suffit, par exemple, d’entendre José brailler à un joueur coupable d’un tacle un peu appuyé sur Yaya, « Tu vas me l’abîmer ! », comme s’il s’agissait d’un objet de valeur, pour comprendre que, avec ce projet, le cinéaste a surtout l’occasion de montrer les résidus de colonialisme qui flottent encore aujourd’hui à la surface des rapports liant l’Europe à l’Afrique. Mais pas uniquement. Car José a beau éructer ponctuellement quelques relents post-colonialistes, il est aussi habité par l’honnête ambition d’aider un jeune à fuir la misère pour accomplir son rêve sportif. Benoît Poelvoorde s’en donne à cœur joie, alternant avec l’aisance qui est la sienne entre le beauf lourdingue et le pépère sympathique.

Pas l’ombre d’un doute

À mi-chemin entre ces deux faces du personnage, il y avait de la place pour un peu de doute. De la même manière que, entre le constat d’une réalité injuste (les joueurs africains débarquant en Europe se retrouvent réifiés par des enjeux financiers conséquents) et son traitement comique, quelques interrogations auraient pu s’infiltrer. Mais, droits dans leur bottes, José et le film tergiversent peu : tandis que le premier condamne – la scène est assez révélatrice de la mentalité du briscard – les hésitations éthiques de ses collègues (lorsque les recruteurs du joueur apprennent que ce dernier souffre d’une malformation cardiaque), le second continue de développer une philosophie à la « on ne fait pas d’omelette sans casser des œufs, ce qui ne nous empêchera pas d’en rire ».

Yaya n’a pas de bol, José, en revanche...

Cette difficulté du film à vraiment proposer un espace intermédiaire de réflexion sur son sujet semble en grande partie imputable à la disproportion qu’il existe entre les personnages de José et de Yaya. Le second se révèle n’être qu’un faire-valoir du premier, un tremplin pour la nouvelle vie de son agent. Pour preuve : une fois que la « perle noire » aura joué son rôle (fournir à José les ingrédients d’une paternité de substitution, lui offrir une seconde chance dans sa vie sentimentale après la dislocation de sa famille belge), [attention semi-spoiler] Yaya est évacué de la plus grotesque des manières, dans une indifférence troublante, sacrifié pour permettre à José d’accomplir un peu plus sa rédemption en terre africaine. Bizarrement, on peut donc céder la parole au footballeur camerounais Samuel Eto’o pour qui : « les joueurs africains ne sont jamais respectés à leur juste valeur ».

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