Accueil > Actualité ciné > Critique > Les Sept Mercenaires mardi 27 septembre 2016

Critique Les Sept Mercenaires

© Sony Pictures

Les sept imagettes, par Josué Morel

Les Sept Mercenaires

The Magnificent Seven

réalisé par Antoine Fuqua

Le tout dernier plan de cette nouvelle version des Sept Mercenaires, chromo numérique d’une laideur repoussante où figurent quatre tombes au sommet d’une colline, synthétise bien le mouvement de ce western très dispensable. D’abord parce qu’il reprend ouvertement l’image finale des Sept Samouraïs de Kurosawa, dont le film d’Antoine Fuqua est le remake du remake réalisé en 1960 par John Sturges, et rappelle en cela la généalogie et la démarche filmique (la réactualisation d’une forme) dans lesquelles le long-métrage s’inscrit. Ensuite, car un léger ajout au plan d’origine pointe qui anime ce ravalement de façade d’un classique (le film de Kurosawa) et d’un genre (le western) : sur chaque tombe se trouve un petit fétiche qui illustre le caractère des défunts – un étui de bouteille, une carte à jouer, etc. Soit des vignettes identifiables d’un coup d’œil et investies d’une charge iconique. Ce que sont dans leur fabrication ces sept mercenaires correspondant à sept archétypes de héros de western : un marshal noir (dont la caractérisation lorgne sur le tandem de chasseurs de primes de Django Unchained, notamment au détour d’une scène de saloon qui tient presque du plagiat), un cow-boy débonnaire, un trappeur massif, un Indien marmoréen, un Sudiste, un truand mexicain et un Chinois expert en armes blanches. Le film est à l’aune de ces figures désincarnées, tant il épouse la forme d’un grand imagier du western brassant à vide des plans et figures tirés d’un catalogue où les films de John Ford côtoient ceux de Sergio Leone et de Quentin Tarantino.

Pot-pourri

Le problème du film tient à ce qu’il n’assume pas du tout son versant possible de western d’opérette, à l’inverse par exemple de Gore Verbinski et de son Lone Ranger qui embrassait pleinement l’horizon du pastiche. Antoine Fuqua préfère au contraire réactualiser le postulat des films de Kurosawa et de Sturges (la confrontation d’une horde de truands armés jusqu’aux dents et d’un petit village défendu par sept guerriers recrutés en désespoir de cause) avec un premier degré mal dégrossi qui oscille piteusement entre Peckinpah (décorum déliquescent et vieilles légendes crépusculaires), Corbucci (les massacres du Grand Silence) et quelques éclats de violence aux accents tarantinesques (une oreille explosée à l’issue d’un tour de passe-passe). Que le film s’articule en particulier autour de deux mercenaires dissemblables, l’un joué par un Denzel Washington tendu et méthodique, l’autre par un Chris Pratt moins clownesque qu’à l’accoutumée mais toujours pourvoyeur de bons mots, dit bien l’hésitation quant à la voie et au ton à adopter. Le film tranche finalement pour un lyrisme assez forcé, qui substitue à la ruse et l’intelligence des guerriers des Sept Samouraïs la témérité et la bravoure de personnages sans envergure (contrairement au film de Kurosawa, le tournant de la bataille se joue d’ailleurs sur une chevauchée suicidaire plus que sur l’habileté tactique des mercenaires). Ni le petit film d’action rétro que l’on était en droit d’attendre, ni le western post-moderne sanglant et réjouissant auquel le film semble vouloir parfois donner vie, cette resucée n’est qu’une succession de plans désinvestis ne portant en eux que l’académisme d’un projet sans âme.

Annonces