Accueil > Actualité ciné > Critique > Little New York mardi 4 août 2009

Critique Little New York

Mini Mini Mini, par Romain Genissel

Little New York

Staten Island

réalisé par James DeMonaco

Lorsque l’on a appris que Luc Besson allait produire et sauver de l’anonymat ce polar américain plutôt intéressant sur le papier, on pouvait se dire qu’il y a avait du changement dans la ligne productiviste de l’écurie EuropaCorp. Or, bien qu’il révèle de sincères ambitions et semble vouloir dépasser les effets branchés d’un genre qui s’use sans vraiment se renouveler, Little New York accumule bien trop de maladresses et de facilités scénaristiques pour que l’on considère la donne (d’EuropaCorp et du genre) changée.

Polar implanté au cœur du quartier considéré comme la poubelle de New York, Little New York brosse l’existence de trois personnages qui vont se frotter et se croiser avant de déraper sur une glissante réalité. Quartier fantôme situé de manière à ce que la statue de la Liberté lui tourne le dos, Staten Island est habité ici par de pitoyables mafieux et d’indécrottables perdants. En guise de personnages, le réalisateur a cherché à prélever trois échantillons représentatifs de ce microcosme. Sully (Ethan Hawke), jeune marié stérile, débouche les fosses sceptiques de son quartier en attendant d’être père de famille. Parmie Tarzo (Vincent D’Onofrio), fier mafieux castré par sa mère, désire lui voir son pouvoir s’étendre à tout Staten Island. Enfin, Jasper (le cassavetien Seymour Cassel) est un humble épicier sourd-muet qui se fait exploiter par la mafia locale alors que son seul dessein est de gagner aux courses. Possédés par un rêve improbable, tous trois rongent leur solitude, vivotent et vont, suivant l’horizon qu’ils veulent atteindre, être progressivement dépassés par la malchance et leurs minables combinaisons.

Première réalisation du scénariste de Jack (F.F. Coppola) et du remake U.S. de J.-F. Richet, Assaut sur le central 13, James DeMonaco a imaginé une fable en reprenant les traits du film de gangsters et celui de braquage. Construit autour d’un point et un temps où les trois personnages se retrouvent liés, le réalisateur a dessiné trois lignes bigarrées et trois trajectoires que l’on suit sans clarté chronologique par des détours et des flash-backs revisités. Sans toutefois détruire la lisibilité du récit ni fragmenter les séquences en elles-mêmes, Little New York, avant de refonder plus loin sa linéarité, déplace sans véritable brio les pièces d’un puzzle à reconstruire. Ainsi et malgré la petite distraction qu’augure ce récit lorgnant du côté de Tarantino et son Reservoir Dogs, le film dévoilera des parti pris agaçants (la réalisation tremblée) et parfois consternants (le rendu sonore où chaque séquence se clôt sur une inquiétante poussée de cris enragés et de sourdes et très désagréables explosions).

L’idée du réalisateur étant de dévoiler le désœuvrement et la morne existence de ces personnages, il est notable aussi que Little New York ne parvient à faire cohabiter ni à transcender l’atmosphère ténébreuse du polar et ces retours à une veine plus quotidienne. Le prologue où, sur le format d’un reportage drôle et ironique, nous est présenté le quartier le plus méconnu de la grosse pomme servira ainsi d’ultime visite avant que l’espace du film se limite à un balayage rapide et impersonnel des lieux (alors que le titre original est Staten Island). À côté de cela, des ralentis poétiques sur l’environnement alentour et des gros plans démonstratifs servent à nous rappeler comment une telle entreprise d’habillage et d’éparpillement stylistique accuse la logique confuse sinon compromettante d’un réalisateur confronté à sa première œuvre.

Pour ce qui est des interprètes, il semble que rien n’a été fait non plus pour que les acteurs puissent se révéler à travers ces personnages prisonniers de leur destin et par la suite habités d’un sursaut de folie. Le rôle de benêt fragile qu’interprète Ethan Hawke dans les scènes avec sa femme et celle où il se perd dans la seconde moitié du film tel un évadé psychotique, est joué de manière si poussive et exacerbée que l’on en regretterait presque Mel Gibson. Le trop rare Vincent D’Onofrio, grâce à son physique massif et son inquiétant rictus, convainc plus lorsqu’il retourne sa veste de mafieux pour se hisser sur la cime d’un arbre en agitateur écologique. Quant à Seymour Cassel, c’est bel et bien son personnage de sourd-muet contraint aux tâches de boucher qui éveille l’intérêt et offre au casting un soupçon d’humanité (même si son improvisation chaplinesque est bien trop appuyée).

Inutile de révéler la conclusion d’un scénario qui a déjà usé à plein les retournements en cascade pour décrédibiliser encore davantage un film qui se paie le luxe d’un deus ex machina inopérant et à jamais dangereux. On ne fera pas état non plus du revirement condescendant de la fable vers une morale écologiste. Bien qu’elle signale le côté foutraque et guignolesque de l’affaire. Rien à signaler alors si ce n’est que Scorsese et Lumet (7h58 ce samedi-là) peuvent dormir tranquilles et que même si les souvenirs restent flous, certaines séries américaines visionnées dans le passé dévoilaient une facture bien plus séduisante et des trajectoires parfois même plus intrigantes.

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