Accueil > Actualité ciné > Critique > Ma’ Rosa mardi 29 novembre 2016

Critique Ma' Rosa

© Films Distribution

Rosa malheur, par Fabien Reyre

Ma’ Rosa

réalisé par Brillante Mendoza

Si l’on se souviendra du palmarès du festival de Cannes 2016 comme l’un des pires de son histoire, la pauvre Jaclyn Jose, héroïne de Ma’ Rosa, restera dans les mémoires l’actrice qui aura « volé » le prix d’interprétation féminine à une Isabelle Huppert au sommet de son art dans le Elle de Paul Verhoeven. Bien entendu, le reproche est absurde. Mais l’on peut légitimement s’interroger sur l’engouement du jury cannois pour la prestation quelque peu atone de l’actrice philippine dans un film que l’on qualifiera poliment de mineur, par un cinéaste qui n’en finit plus de lasser. L’ironie ? Isabelle Huppert, très en forme ces derniers temps, doit l’une de ses plus mauvaises prestations de ces dernières années à… Brillante Mendoza, qui lui faisait péniblement jouer une otage peu crédible dans Captive, en 2012.

Paradoxes

Le cas Brillante Mendoza est assez édifiant : jadis (en fait, il n’y a même pas dix ans) chouchou des festivals avec des films comme John John, Serbis ou Kinatay, le réalisateur philippin a souvent divisé, adepte d’une provoc’ un peu vaine, démonstrateur putassier d’une violence crasse qu’il entend dénoncer tout en l’exploitant. Si l’on ne saurait réduire l’ensemble de son œuvre à l’hypocrisie du procédé (le beau Lola est la preuve que le cinéaste a connu des instants de grâce), force est d’admettre que Mendoza n’intéresse plus guère ; la sortie en catimini dans les salles françaises de son précédent film, Taklub, n’a pas vraiment passionné la presse, et encore moins le public.

La sélection officielle cannoise de Ma’ Rosa et le prix d’interprétation qu’il a récolté valent donc au film une exploitation un peu plus musclée que les derniers films de son réalisateur. Ma’ Rosa est une mère de quatre enfants, mariée à un vieux junkie, reine de la débrouille et figure archi-populaire de son quartier. Dans son épicerie de fortune, elle fait tourner son petit business parallèle de dealeuse… jusqu’à ce que la police les arrête, elle et son mari. S’ensuit une longue nuit au cours de laquelle les quatre enfants du couple vont tout faire pour réunir l’argent exigé par les flics corrompus pour libérer leurs parents… Contre toute attente, dès les premières minutes, le film est une plutôt bonne surprise. En immersion complète dans les rues de Manille, Brillante Mendoza semble avoir retrouvé un rapport hyper-sensoriel à son cinéma, une forme d’urgence, dépouillée de tout effet inutile, qui matérialise très concrètement le quotidien de ses personnages. La caméra colle à ses personnages, et particulièrement à cette Ma’ Rosa solide et intransigeante, qui mène tout le monde (enfants, mari, voisins, commerçants, famille) à la baguette. Tout semble si brut, si dénué de tout artifice, qu’au-delà de l’inévitable impression d’un geste documentaire, Mendoza semble au contraire trouver une liberté renouvelée dans la narration. La fiction s’exprime dans des détails infimes, qui construisent des personnages, des relations, un début de tension, qui culmine avec l’arrestation du couple et une impressionnante scène où, escorté jusqu’au commissariat par des flics peu amènes, le couple est encerclé par famille et amis comme un duo de stars venues prendre un bain de foule.

Trop d’émotions

Las, passé ce premier tiers, le film entier s’écroule. Entre les murs du commissariat, Ma’ Rosa et son mari assistent, quasiment impuissants, aux tractations mi-menaçantes, mi-cartoonesques de la bande de pieds nickelés qui a procédé à leur arrestation. Mendoza retrouve ses travers habituels : tension construite sur une surexploitation de la violence (ici, verbale et physique), personnages interchangeables et caricaturaux, et chantage émotionnel dont on ne sait trop s’il vise à tenir un discours édifiant sur la réalité sociale de son pays (la police est corrompue, le peuple est prêt aux pires humiliations pour survivre) ou à faire pleurer dans les chaumières en avilissant ses personnages à l’extrême (la fille adolescente qui se vautre dans le caniveau après s’être laissée insulter sans broncher par une tante acariâtre ; le fils qui va se prostituer puis supplier son client de lui donner plus d’argent que prévu). Oubliant de coller à ses personnages comme il le faisait si brillamment au début du film, Mendoza préfère s’en tenir à un scénario bégayant qui culmine sur une grossière et inutile répétition des interminables scènes qui ont précédé. Hébétée, l’actrice Jaclyn Jose n’a plus grand-chose d’intéressant à jouer depuis belle lurette : un prix d’interprétation pour vingt petites minutes d’ébauche de personnage, c’est une sacrée aubaine.

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