Accueil > Actualité ciné > Critique > Macadam Cowboy mardi 13 septembre 2016

Critique Macadam Cowboy

Hollywood Cowboy, par Frédéric Caillard

Macadam Cowboy

Midnight Cowboy

réalisé par John Schlesinger

Sorti sur les écrans la même année qu’Easy Rider, La Horde sauvage ou Il était une fois dans l’Ouest, Macadam Cowboy a marqué l’histoire du cinéma en étant le premier film classé X aux États-Unis à recevoir l’oscar du meilleur film en 1970. S’il porte une réflexion symbolique intéressante sur la fin du cinéma classique, son aspect choc et transgressif s’est très nettement estompé, et on se trouve aujourd’hui face à un film sans grand relief qui emprunte les routes balisées des productions hollywoodiennes.

Macadam Cowboy (Midnight Cowboy en VO) est l’histoire de deux losers rêveurs. Joe Buck le cow-boy benêt (Jon Voight), monte à New York pour vendre ses charmes aux riches bourgeoises frustrées. Il rencontre Rico (Dustin Hoffman), arnaqueur à la petite semaine qui, après l’avoir dépouillé de quelques dollars, finit par le prendre sous son aile.

De John Wayne à Paul Morrissey

On a beaucoup souligné que Midnight Cowboy marquait la fin d’une époque. Joe Buck, qui porte ses rêves comme des étendards sur ses chemises Technicolor, c’est John Wayne (il le sous-entend d’ailleurs lui-même dans le film). Il incarne l’Amérique et le cinéma d’avant, ceux des bons sentiments. Mais son costume de héros ne lui ouvrira aucune porte, et il va se fracasser contre le chacun pour soi des grandes villes, attendri par les fragilités de ses premiers clients et incapable de se faire payer ses passes. Les seules clés que lui procurera son look de cow-boy en carton pâte seront paradoxalement celles du milieu underground, où les valeurs humaines, bien que recodifiées, sont toujours présentes. Et c’est dans une soirée underground que Joe trouvera sa première cliente payante et qu’il croisera Paul Morrissey – qui quelques mois auparavant aborda le premier le thème de la prostitution masculine dans Flesh – dans son propre rôle. On ne peut s’empêcher de penser que cette improbable rencontre entre John Wayne et Paul Morrissey est un symbole parfait du passage de témoin entre le vieux cinéma de l’age d’or et celui des années 1970, que ce soit le cinéma expérimental pratiqué par Morrissey ou celui du Nouvel Hollywood. Et si les rêves du duo continueront de s’exprimer dans leurs tenues vestimentaires – ils endossent une chemise de plage à leur arrivée tant attendue en Floride – la mort de Rico dans son imprimé hawaïen marque également cette mort du cinéma idéalisé, celui où le costume et le personnage ne font qu’un.

Midnight Cowboy en 2008

Mais au-delà son intérêt historique et symbolique, Midnight Cowboy ne présente pas d’intérêt majeur aujourd’hui. C’est avant tout le produit d’un grand studio hollywoodien et cela se voit. La mise en scène et la photo sont relativement quelconques. John Schlesinger tente bien de sortir des sentiers battus en portant sa caméra à l’épaule ou avec une série de flash-backs, mais ceux-ci ne parviennent pas à amener de l’épaisseur au personnage de Jon Voight et contribuent à en dresser un portrait convenu (enfance difficile, victime probable de violences sexuelles, etc…). La seule réussite cinématographique du film réside dans deux séquences où les pensées des personnages sont mises à l’écran. L’on voit ainsi John Voight, alors qu’il quitte un hôtel furieux de s’être fait arnaquer et ridiculiser par son futur ami, s’imaginer rattraper Rico dans le métro pour se venger. Un peu plus tard dans le film, Rico attend Joe Buck qui est censé ramener – enfin – de l’argent d’une passe. Il s’imagine alors la vie meilleure qui découlera de ce nouveau départ, et ses rêveries – il se voit en roi de Floride – font irruption sur l’écran. Au fur et à mesure qu’il assiste, impuissant, à l’expulsion de Joe de l’hôtel dans lequel il était censé rencontrer sa cliente, le rêve éveillé de Rico s’effondre et se mue en cauchemar. La cadence de plus en plus rythmée du montage alterné entre les scènes imaginées et l’action « réelle » reflète avec brio la tension de l’instant. Ce sont malheureusement les deux seuls moments où Schlesinger emploie un vrai langage de cinéma au service de son film et où il arrive à s’extirper d’une réalisation plate ou tout du moins inefficace. L’on finit par penser que ce doit principalement être la nouveauté et l’aspect transgressif des sujets abordés (prostitution masculine, homosexualité) plutôt que sa qualité filmique qui ont transformé Midnight Cowboy en objet culte. Malheureusement, en 2008, lorsque l’on constate toute la force que conservent certaines œuvres contemporaines à Midnight Cowboy, l’on ne peut s’empêcher d’être déçu par la pauvreté cinématographique de la proposition de Schlesinger.

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