Accueil > Actualité ciné > Critique > Machete mardi 30 novembre 2010

Critique Machete

Jeux de mains, jeux de vilains, par Julien Marsa

Machete

réalisé par Robert Rodriguez

Disposant d’un casting pléthorique de gueules cassées (Danny Trejo, Steven Seagal, Don Johnson…) et de bombasses ultra-sexy (Jessica Alba, Michelle Rodriguez, Lindsay Lohan…), Rodriguez continue de s’amuser à rejouer les belles heures des séries B des années 1970, dans un film à la violence hypertrophiée. Situant son récit dans un cadre très précis (le problème de l’immigration incontrôlable à la frontière américano-mexicaine), la farce politique est pourtant vite rattrapée par une histoire de vengeance secondaire, diluant quelque peu la force de l’ensemble.

La véritable belle idée de Machete tient dans sa genèse : une bande-annonce fictive réalisée par Robert Rodriguez dans le cadre du double programme Grindhouse, composé de Boulevard de la mort et Planète Terreur. L’occasion pour le grand public d’y découvrir un acteur nommé Danny Trejo, jusque-là cantonné aux seconds rôles (chez Rodriguez, mais aussi Rob Zombie ou encore Michael Mann), et dont le charisme laissait entrevoir la possibilité de le consacrer tête d’affiche. C’est donc chose faite avec ce rôle de Machete, rouleau-compresseur mutique qui dézingue tout sur son passage, de préférence avec moult giclées de sang et fracas. Le goût pour une certaine forme de violence crue et guignolesque, que Rodriguez partage avec son compère Tarantino trouve donc ici un point d’ancrage dans le caractère même du personnage, et provoque la remise en route du récit à chaque fois que celui-ci semble s’épuiser. L’incessant renouvellement des cascades, scènes de combat ou de poursuite engendre à chaque fois une brève euphorie, doublée d’un plaisir à voir des têtes connues ou oubliées (respectivement De Niro et Don Johnson) jouer aux salauds de base comme on joue aux cow-boys et aux indiens dans une cour de récréation.

Mais cette joie presque enfantine, qui à elle seule pourrait satisfaire et limiterait le film à un simple exercice de style, se double d’un postulat ancré dans une réalité plus triste des immigrés clandestins au Texas. Rodriguez jongle avec les figures archétypales de manière plutôt réussie, à l’aide d’un casting d’anciennes gloires, cousin de celui de The Expendables : De Niro en politicien républicain véreux, Don Johnson en milicien raciste et patibulaire, Steven Seagal en mafieux menaçant et objet de la revanche du bien nommé Machete. Le récit est posé d’emblée dans un contexte d’urgence, où des élections imminentes attisent la soif de pouvoir et de contrôle sur les flux migratoires : pour les mafieux, c’est une question d’argent ; pour les politiques, une question d’image. Rodriguez construit un univers vaguement paranoïaque, nourri d’informations en continu ou de clips de campagnes propagandistes à la télévision. Le problème de la surveillance de la frontière y est clairement abordé par le biais de la vidéo, et d’un projet de clôture électrifiée, intentions qui rappellent funestement la réalité. Rodriguez fait preuve d’entrée d’une verve assez réjouissante et surprenante, non pas vraiment par la force de son propos (s’attaquer à la politique d’immigration au Texas revient finalement au même que de se positionner contre le cancer, c’est une question de bon sens), mais plutôt par la qualité d’assimilation de ces éléments réalistes au cahier des charges du film de genre.

Ce film de genre qui, justement, reprend progressivement le monopole de la situation pour remettre le récit sur des rails plus convenus. Là où le postulat réaliste ouvrait une multitude de pistes quant à la concrétisation des différents récits, les figures que s’impose Rodriguez les referment une à une. La vengeance et la chasse à l’homme prennent le pas sur le désarroi des immigrés, pour aboutir à un final où les laissés-pour-compte se transforment en super héros parodiques par le biais de l’uniforme : le couple d’infirmière sexy et le médecin, la nonne vengeresse, la pirate moderne…Ce joyeux capharnaüm n’est pas déplaisant à considérer, mais il offre finalement bien peu de substance, en dehors de la jouissance immédiate qu’il procure, et permet de refermer confortablement le récit sur une mutation attendue : les freaks deviennent des héros de comics, des jouets à la portée de tous. Malgré la maestria avec laquelle le tout est mis en scène, et le véritable sens du rythme que l’on doit reconnaître à Rodriguez, il est quelque peu dommageable qu’il réduise la portée de son récit à un simple petit théâtre de marionnettes, surtout lorsqu’il semble vouloir faire preuve de plus d’ambitions… Au milieu de cette mascarade finale, Danny Trejo, dont le personnage conserve un aspect monolithique jusqu’au bout, aura tout dévasté sur son passage à coup de machette, sans changer d’un iota. Et finalement, il reste une question au bout de cette route qu’il quitte au volant de sa moto : la rencontre entre Trejo et son vrai premier rôle a-t-elle réellement eu lieu ?

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