Accueil > Actualité ciné > Critique > Mama mardi 14 mai 2013

Critique Mama

La cabane au fond des bois, encore, par Ursula Michel

Mama

réalisé par Andrés Muschietti

Auréolé du nom de la star du moment, à savoir Jessica Chastain, et produit sous le haut patronage de Guillermo Del Toro, Mama a de quoi attirer les curieux. Si le scénario convoque les habituelles petites filles aux cheveux sales qui parlent à des fantômes, on était en droit d’attendre une réalisation à la hauteur de L’Échine du Diable ou du Labyrinthe de Pan, tous deux mis en scène par Del Toro. La déception est malheureusement à la hauteur de l’attente.

L’enfance fait depuis longtemps partie des grands thèmes horrifiques, particulièrement pour les réalisateurs hispanophones. Les Révoltés de l’an 2000, Fragile, L’Orphelinat, ou plus récemment Insensibles se sont ainsi penchés, de façon différente, sur le mystère de l’enfance et les peurs qui y sont attachées. Pour son premier long métrage, l’Argentin Andrés Muschietti ne déroge pas à cette règle et propose un conte macabre, entre poésie et épouvante.

Un père, après avoir assassiné ses collègues de bureau et son ex-femme, enlève ses deux fillettes, Victoria et Lily. Alors que le trio trouve refuge dans une vieille cabane au fond des bois, un être surnaturel fait son apparition, exécute le paternel et prend sous son aile les deux enfants. Cinq ans plus tard, des détectives engagés par Lucas, l’oncle des filles, retrouvent les deux sœurs. Elles sont alors placées chez cet homme (Nikolaj Coster-Waldau) et sa fiancée Annabel (Jessica Chastain), sous la surveillance d’un psychiatre. Déconnectées du réel et inadaptées, Victoria et Lily présentent des troubles importants de la personnalité et semblent avoir créé une entité protectrice du nom de Mama. Mais cette figure maternelle va se révéler bien autre chose qu’une construction de l’esprit…

Tout amateur de film de genre ne peut être que consterné par l’indigence du synopsis. Tous les ingrédients maintes fois rebattus (enfants, fantôme, maison dans les bois, perplexité des adultes…) servent de trame narrative à Mama. Un logiciel paramétré avec ces mots-clés n’aurait pas fait mieux. Toutefois, le scénario n’étant que rarement l’apanage des films d’horreur, la mise en forme doit être à la hauteur pour compenser les lacunes et les facilités d’écriture. De ce côté-là, Mama fait le minimum syndical. Malgré quelques brillantes idées (un cadrage malin où Lily joue avec un ami invisible par exemple), le métrage de Muschietti se complaît dans des rebondissements téléphonés (le coup du placard qu’on pense vide, les apparitions et disparitions instantanées d’une ombre fantomatique soutenues par une stridence musicale…). Bien que Victoria, l’aînée, soit traitée par un médecin et que son récit pourrait être compris de façon rationnelle (elle a inventé ce personnage maternel) ou irrationnelle (un fantôme les protège véritablement), le film fait le choix d’abandonner toute ambiguïté concernant l’existence de cette « mère » de substitution au profit d’une narration linéaire, littérale et donc sans aucun suspense. Noyant sa deuxième partie dans des flash-back explicatifs quant au passé de la fameuse Mama (une histoire d’asile et de deuil non assumé), le réalisateur sort tout de même des sentiers battus dans les dernières minutes. Ce final inattendu et tragique ne parvient toutefois pas à redresser la barre d’un film devant lequel on s’ennuie ferme, tout simplement.

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