Accueil > Actualité ciné > Critique > Mamma Mia ! mardi 9 septembre 2008

Critique Mamma Mia !

One-more-look, and I forget everything (O-o-O-oh !), par Vincent Avenel

Mamma Mia !

Mamma Mia ! The Movie

réalisé par Phyllida Lloyd

Réalisé par la metteuse en scène de sa première version sur les planches, voici donc, précédé d’une promo d’une intensité assommante, Mamma Mia ! le film qui continue les vacances même après la fin des vacances, pour citer son robuste slogan. Une reprise sur grand écran d’un succès de music-hall, agrémenté de grosses stars pour faire bien sur l’affiche : on pourrait se méfier de telles prospectives. Et on aurait bien raison ! Mais étonnamment, Mamma Mia ! se révèle être un – tout petit – peu plus que le produit formaté attendu...

Sophie, jolie fille de vingt ans, va se marier avec le fringant Sky (si), sur l’île paradisiaque Kalokairi – une île où, vingt ans auparavant, sa mère menait une vie un brin dissolue. Résultat : la mère en question, Donna, mère célibataire et fière de l’être, est aujourd’hui incapable de savoir qui, de ses trois amants de cette année-là, est le père de Sophie. Ce n’est évidemment pas du goût de la jouvencelle, qui décide à l’insu de tous d’écrire aux trois concernés, ayant trouvés leurs noms dans le journal intime de maman. Lorsque les trois hommes se pointent inopinément au mariage, la vie de tous s’en trouve bouleversée...

Il ne fait aucun doute qu’un musical rythmé par les grands succès du groupe Abba ait toutes les chances de battre des records de fréquentation, en ces temps – cycliques – de renouveau nostalgique des années 1970. Il ne fait non plus aucun doute qu’un énorme succès du musical ne pouvait échapper à l’attention des producteurs hollywoodiens, toujours moins en verve d’originalité et d’audace. Mamma Mia !, version cinéma, voit donc une affiche passablement respectable – Meryl Streep et Pierce Brosnan en tête – porter sur le grand écran le show qui triompha sur scène. Hélas. Hélas, car il est bien connu qu’en dehors de Rick Moranis dans La Petite Boutique des horreurs, où son voix de fausset servait son rôle à merveille, la voix d’une star n’est pas forcément une belle voix, ne sert pas forcément son rôle – en témoigne la performance d’Alan Rickman dans Sweeney Todd. Mamma Mia ! ne fait pas vraiment exception à la règle, notamment pour le malheureux Pierce Brosnan.

Si, de plus, la mise en scène de Phyllida Lloyd se limite au strict minimum syndical, on peut vouloir enterrer Mamma Mia ! directement, et avec une morgue suffisante, nonobstant le potentiel toujours présent de la musique d’Abba. Et pourtant... Pourtant, le film se révèle ne pas se prendre du tout au sérieux, multiplier les situations outrées, burlesques, amusées – comme si les acteurs prenaient autant que les personnages du plaisir à revivre une jeunesse aujourd’hui teintée de ringardise, sans le moindre complexe. Il y a donc, par moment, de grands plaisirs à voir Pierce Brosnan avec des rouflaquettes improbables, Colin Firth en hard-rockeur à collier à clou, Meryl Streep et ses deux complices se lancer dans une interprétation d’Abba en patte-d’eph pailletées, jusqu’à une meute de bellâtres qui miment une improbable démarche de canard en slip de bain...

À la manière de ses personnages, Phyllida Lloyd semble vouloir adapter le scénario de Catherine Johnson à la façon – lointaine – du théâtre antique. Ainsi, la symbolique est parfois teintée de mythologie grecque, avec notamment nos trois mâles-satyres enfermés dans... la cabane aux chèvres. Un sous-texte plus paillard qu’il n’y paraît est souvent discernable dans ce film qui tient finalement plus de la pièce de théâtre, avec les acteurs principaux toujours soutenus et accompagnés d’un chœur omniprésent, toujours prompt à la dérision, parfois utilisé de façon burlesque... Phyllida Lloyd semble faire preuve d’une certaine culture classique, qui tente de transparaître dans cette fable morale – ou pas tant que ça, finalement – qui se termine positivement avec un retournement de situation ô combien théâtral. C’est plus qu’il n’en faut pour contenter quelque peu un esprit chagrin et prompt au dénigrement, mais ce n’est pas hélas suffisant pour sauver le film d’une médiocrité attendue.

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