Accueil > Actualité ciné > Critique > Man on High Heels – Le Flic aux talons hauts mardi 19 juillet 2016

Critique Man on High Heels – Le Flic aux talons hauts

© Lotte Entertainment

Opération manquée, par Benoît Smith

Man on High Heels – Le Flic aux talons hauts

High Heel

réalisé par Jang Jin

Man on High Heels est l’histoire d’une mutation manquée, mais pas forcément celle présentée dans le synopsis. À en croire ce dernier, le mutant, c’est le redoutable inspecteur Yoon Ji-wook, bête noire de la pègre locale, notamment pour sa capacité à envoyer à l’hôpital ou au cimetière, à lui seul et à mains nues, dix gangsters à la fois. Un nombre impressionnant de cicatrices et de broches appuient idéalement sa posture de super-flic impavide, tandis que ses traits masculins tout de grâce et de dureté suscitent un trouble peu avouable chez certains hommes qui l’approchent. Un surhomme, en somme. Mais voilà : en secret, Yoon Ji-wook le surhomme se sent femme, et est prêt à sacrifier beaucoup pour le devenir... Or, le film de Jang Jin est travaillé par une autre mutation, plus concrètement encore : le grand écart qu’il tente pour échapper à une condition de produit filmique, en se cherchant une originalité hors de ses codes. Se montrant en bien des points un spécimen standard du polar sud-coréen, dans sa peinture de la pègre, son portrait de solitaire mal dans son costume et son milieu, son usage de la violence stylisée comme exutoire (pensées particulières pour A Bittersweet Life de Kim Jee-woon), il prétend parasiter le genre (cinématographique, du polar) avec une touche « trans » – escomptant que le thème de la transsexualité lui confère une puissance transgressive.

Mauvaise greffe

Seulement, cela se traduit par des hybridations pas franchement convaincantes, où Jang Jin manie à sa guise mais laborieusement des éléments paradoxaux en traitant à l’emphase chacun d’eux, mais en se montrant impuissant devant l’étrangeté de l’ensemble. Qu’il alterne des combats martiaux élégamment chorégraphiés et une violence sur-découpée jusqu’à livrer des moments de pur cartoon, que son héros passe de la cool attitude taiseuse et vaguement mélancolique à des grimaces démonstratives d’homme sensible et blessé, Man on High Heels cache péniblement son manque d’inspiration derrière le mélange des registres et des figures de style. Alors que le thème de la fracture entre attitude et réalité (apparence virile intimidante contre aspiration fragilisante à la féminité) aurait pu lui inspirer des solutions cinématographiques plus tranchantes pour confronter les facettes paradoxales de son sujet, Jang Jin se contente de tripatouiller celles-ci en une mare de clichés et de coups d’éclat éphémères jusqu’à la confusion, en en rajoutant dans le pathos et l’esthétisme, s’appuyant lourdement sur quelques ficelles scénaristiques (l’amour de lycée entre Yoon Ji-wook et un autre garçon, la jeune fille avec qui il se montre mystérieusement prévenant), et s’emmêlant en particulier les pinceaux dans un montage parallèle plutôt douteux entre passé et présent (une scène de baiser laisse pantois). Son film arbore de grands airs et un lourd sujet de société, mais en s’efforçant de briller à chaque scène, il survole l’alliance étrange de dureté et d’émotion qu’il promet. La transgression, le trouble dans le(s) genre(s) restent des fantasmes de note d’intention, étouffés par le surmoi du virtuose.

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