Accueil > Actualité ciné > Critique > Meilleures ennemies mardi 10 février 2009

Critique Meilleures ennemies

Hors du mariage, point de salut !, par Ophélie Wiel

Meilleures ennemies

Bride Wars

réalisé par Gary Winick

Saint-Valentin oblige, voici venu le traditionnel flot de comédies romantiques, pour la plupart vouées à disparaître aussi vite qu’elles ont été produites. Minuscule originalité de celle-ci : plutôt que les atermoiements de deux âmes-sœurs qui s’aiment mais mettent 1h30 à se l’avouer, Meilleures ennemies confronte deux femmes, deux candidates au mariage bien sûr, interprétées par deux actrices mignonnes mais assez interchangeables : Kate Hudson (spécialiste des comédies bêtasses type Comment larguer un mec en 10 leçons) et Anne Hathaway (Le Diable s’habille en Prada). Nul à pleurer.

Si vous ne le saviez pas encore depuis tant d’années que la comédie romantique américaine pour lectrices de Jeune et Jolie vous le répète, la femme ne vit que par et pour le mariage. Elle traîne donc une petite vie minable avec des amants de passage en enterrant sa dépression dans une vie professionnelle de stakhanoviste jusqu’à ce que le prince charmant croise son chemin et repeigne le tableau noir en rose bonbon. Depuis Adam et Eve, il faut croire que rien n’a changé : sans l’homme, la femme n’existe pas. Dans Meilleures ennemies, c’est l’organisatrice de mariage Marion St Claire qui le traduit dans un langage cru aux deux jeunes héroïnes : « Vous êtes mortes. Une fois mariées, vous allez vivre. » On peut y voir de l’humour. Sauf que ce n’est pas de l’humour.

Liv et Emma sont deux meilleures amies d’enfance. Leur (unique) rêve commun : se marier au Plaza en juin. Depuis qu’elles ont dix ans, elles imaginent ce jour extraordinaire et comptent bien le vivre ensemble, l’une étant demoiselle d’honneur de l’autre et inversement. Le hasard fait bien les choses puisqu’elles sont demandées en mariage par leur fiancé respectif à quelques jours d’intervalle. Toutes contentes, les voici surjouant leur bonheur i-n-t-e-n-s-e (pourquoi les actrices de comédie romantique ont toutes l’air au bord de la crise de nerfs ?) aux portes du Plaza. Hélas ! Par un malheureux concours de circonstance, leur cérémonie se trouve planifiée le même jour. De meilleures amies, les voici devenues ennemies : laquelle des deux aura le mariage le plus réussi et parviendra à ruiner celui de l’autre ?

Et hop ! enclenchement des pires insanités : on choisit la robe, on se coiffe, on se maquille, on fait du jogging pour brûler les calories, on bronze, on envoie des faire-parts, on enterre des vies de jeune fille, on sort la bague un ou deux carats à tout bout de champ, etc. Tout ceci dédoublé par la magie du scénario : deux mariages pour le prix d’un et deux actrices hystériques en prime, youpi ! On vous épargne les différents rebondissements, déjà prévisibles alors que le générique d’ouverture n’a pas encore défilé, et les intentions déclarées des scénaristes, réalisateurs et producteurs (tiens, Kate Hudson, encore) pour prouver que Meilleures ennemies est le-film-qui-leur-tenait-le-plus-à-cœur-de-toute-leur-existence et qu’après l’avoir réalisé, ils peuvent tous mourir tranquilles (si seulement...).

Il manque du sadisme à ce duel de deux actrices au top de leur glamour et de leur régime Weight Watchers. Il manque de la méchanceté type Tonnerre sous les tropiques ou Dodgeball, des affrontements mortels dans la boue, du violent crêpage de chignon dans cette "guerre" entre la blonde (forcément hyperactive, riche et arrogante) et la brune (forcément pauvre et trop gentille). Il manque de l’absurde, de véritables personnages secondaires, un scénario, une mise en scène, enfin... Il n’y a rien dans Meilleures ennemies, sauf de la niaiserie, de la bêtise et une morale réactionnaire à faire bondir de joie la républicaine Reese Witherspoon. En tant que femme, il faut s’indigner que de tels films continuent de faire la joie du box-office. Et pourtant, nul besoin d’être une chienne de garde pour avoir envie que l’héroïne d’une comédie romantique soit autre chose qu’une poupée manucurée dont la vie ne commence qu’au moment où elle dit oui. Non, alors !

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