Accueil > Actualité ciné > Critique > Mince alors ! mardi 3 avril 2012

Critique Mince alors !

La comédie qui ne tournait pas rond, par Michael Dequet

Mince alors !

Pour son troisième long-métrage en tant que réalisatrice, l’humoriste Charlotte de Turckheim s’attaque au culte de la minceur en suivant une galerie hétéroclite de personnages en cure d’amaigrissement. Cousu de fil blanc, le scénario court après le bon mot tandis que la mise en scène est aux abonnés absents.

Nina est une jolie femme mais elle a quelques kilos en trop. Elle est directrice financière d’une boîte qu’elle a fondée avec son mari mais, au fond, elle souhaiterait devenir styliste. Pour Charlotte de Turckheim, Nina, c’est un peu l’idée de la trentenaire accro aux journaux féminins qui, entre frustrations et régimes manqués, ne trouve aucune source de satisfaction véritable. Il n’est donc pas difficile d’imaginer quel sera le potentiel commercial d’une telle comédie, jouant à plein régime sur la possible identification du public visé. Histoire d’élargir un peu l’audience, Nina se voit affublée de deux improbables amies lors de son séjour en cure d’amincissement : Émilie, la quinqua obèse qui prétend assumer ses rondeurs, et Sophie (Victoria Abril, toujours rafraichissante), la poupée vieillissante qui n’assume pas son béguin pour un gigolo. À elle trois, elles vont donc passer par toutes les étapes attendues (régime, mésestime de soi, colères, pleurs et réconciliations) jusqu’au moment où elles pourront prendre leur revanche, ce qui rassurera la spectatrice complexée.

Même si le regard de la réalisatrice n’est jamais dénué d’ambiguïté (le nombre de gros plans sur les corps bedonnants sont-ils là pour leur rendre justice ou pour amuser le spectateur ?), on peut au moins lui reconnaître d’accorder à ses personnages le bénéfice d’une certaine méchanceté, en marge des bons sentiments habituels. Si l’explication psychologique est un peu rapide (et pas toujours finement appréhendée), elle a au moins le mérite de provoquer quelques rares bons mots qui font mouche. Charlotte de Turckheim n’est pas aussi méprisante que ses confrères (Clavier, Moix, etc.) en se gargarisant de la médiocrité de ses personnages. Préférant l’auto-dérision, elle s’est même réservé un rôle de coiffeuse au style totalement improbable, noyée dans des a priori d’un autre temps. On peut aussi louer la présence de Lola Dewaere (dont c’est le premier rôle au cinéma), quelques fois en dehors du film et de sa mécanique un peu trop huilée, qui parvient à insuffler quelques moments de respiration en ne jouant ni la carte de l’hystérie, ni celle de la performance.

De là à dire que Mince alors ! fait partie du panier moyen de la comédie française, il n’y a qu’un pas que nous ne ferons pas. Quelques étages en dessous de Tout ce qui brille (qui parvenait à laisser pointer une certaine mélancolie dans sa manière d’appréhender le territoire comme source de comédie), le film de Charlotte de Turckheim fait bien trop l’économie de sa propre consistance. Probablement consciente de ce défaut, la réalisatrice s’est embarrassée d’une histoire de maternité dont la résolution s’avère plutôt douteuse. Incapable également d’assumer un cadre social, elle ne propose finalement qu’une galerie de pantins sans véritable ancrage, déconnectés de leur passif en dépit des histoires qu’ils/elles se racontent. Cela donne au bout du compte le sentiment d’une trame à la vacuité inoffensive dont le but avoué était de prendre une revanche sur les canons de beauté. Seulement, il s’agissait ici d’un médiocre simulacre de combat.

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