Accueil > Actualité ciné > Critique > MinoPolska mardi 7 octobre 2014

Critique MinoPolska

par Raphaëlle Pireyre

MinoPolska

Un cinéma soutenu par l’État

Comme les autres pays du bloc de l’Est, Tchéchoslovaquie et URSS en tête, la Pologne a soutenu dans l’immédiat après-guerre la production d’un cinéma d’animation de qualité, permettant des dizaines de réalisations par an dans les années 1950. Moins connu que celui des deux pays cités, le cinéma polonais épouse les mêmes visées pédagogiques, bien conscient que le médium est idéal pour éduquer les enfants aux idées du régime. Comme chez ses voisins, cet idéal de propagande par l’animation échappe assez vite aux autorités pour véhiculer un message de résistance au pouvoir. Comme ses voisins également, le cinéma polonais délaisse le dessin pour se concentrer sur l’animation d’objets et occuper une place assumée de contrepoint absolu à l’esthétique américaine développée par les studios Disney. Regroupant cinq courts métrages illustrant des techniques variées et issus de périodes différentes, le programme Minopolska, Dessins animés des sixties donne un bel aperçu de la diversité de production de ces studios, et en particulier du studio SE-MA-FOR créé juste après la guerre à Lodz.

Critique de la modernité

Proche des films d’Hermina Tyrlova ou de Bretislav Pojar, La Surprise met en scène l’arrivée d’un jeu de mécano dans une chambre d’enfant. La panique déclenchée par l’irruption dans la petite communauté bien tranquille des jouets d’un objet représentant la modernité peut bien entendu susciter une lecture politique tout en restant cantonné à un imaginaire très enfantin.
De même, qu’une interprétation subversive est possible concernant Le Petit Quartet (Edward Sturlis, 1965) dans lequel les statuettes qui ornent un piano prennent vie la nuit et se mettent à danser et chanter sur un air de boogie-woogie bien éloigné des gammes figées qui leur sont imposées dans la journée.
À l’opposé de ces microcosmes, le décor très élaboré du chapiteau, le grand nombre de personnages et la construction de l’histoire donnent au Chapiteau sous les étoiles des airs de super-production. L’acrobate propulsé sur la lune lors de la représentation renvoie autant au désir de conquête spatiale de l’époque qu’à la magie du cinéma de Méliès cinquante ans plus tôt.
Le thème de l’affrontement de l’ancien et du moderne traverse l’ensemble du programme, et en particulier le voyage de Maluch, la petite voiture (Lucjan Dembiński, 1965) qui sillonne un paysage urbain aux couleurs acidulées.

La conquête de l’Ouest

Selon les goûts et surtout selon les films, on pourra trouver l’esthétique de ces marionnettes ravissantes ou un peu datée et l’animation moins fine que dans certaines productions tchèques. En revanche, Le Petit Western qui clôture ce programme se détache de l’ensemble d’un point de vue thématique autant qu’esthétique et représente un magnifique surprise : peinte sur la pellicule, cette histoire d’un chercheur d’or dont le butin est menacé par deux bandits maladroits émerveille par sa capacité à évoquer le Grand Ouest américain en quelques coups de pinceau. Utilisant la technique de la peinture sur pellicule pour un film figuratif et narratif, Witold Giersz parvient à susciter des effets de profondeur saisissants avec peu de moyens, qui constituent le plus bel hommage au cinéma américain en même temps que le plus beau pied de nez aux studios Disney.

À partir de 3 ans.

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