• Misère et noblesse
  • (Miseria e Nobiltà)

  • Italie
  • -
  • 1954
  • Réalisation : Mario Mattoli
  • Scénario : Ruggero Maccari, Mario Mattoli
  • d'après : la pièce Misère et noblesse
  • de : Eduardo Scarpetta
  • Image : Karl Struss, Luciano Trasatti
  • Décors : Alberto Boccianti, Piero Filippone
  • Costumes : Gaia Romanini
  • Son : Rocco Roy Mangano
  • Montage : Roberto Cinquini
  • Musique : Pippo Barzizza
  • Producteur(s) : Dino De Laurentiis, Carlo Ponti
  • Interprétation : Totò (Felice Sciosciammocca), Sophia Loren (Gemma), Enzo Turco (Pasquale), Dolores Palumbo (Luisella), Franca Faldini (Nadia), Gianni Cavalieri (Gaetano)
  • Distributeur : Tamasa Distribution
  • Date de sortie : 7 juin 2017
  • Durée : 1h34

Misère et noblesse

Miseria e Nobiltà

réalisé par Mario Mattoli

On trépigne d’avance à la lecture du pitch de cette comédie italienne méconnue, pourtant présentée comme un classique : dans l’Italie d’après-guerre, deux familles affamées et sans le sou décident, pour servir les desseins matrimoniaux d’un jeune comte, de se faire passer pour des aristocrates le temps d’un dîner. Si le nom du réalisateur, passé dans l’oubli malgré une imposante filmographie (80 films au compteur), ne nous met pas la puce à l’oreille, la distribution est alléchante : Totò, le Louis de Funès italien, y partage en effet l’affiche avec Sophia Loren, qui enchaînait alors les rôles avant de se faire la place que l’on sait dans le cinéma italien.

Heurts et malheurs du théâtre filmé

On ne trépigne plus longtemps, hélas. Dès la scène d’ouverture, le décor est posé : ce sera celui du théâtre filmé, qui, s’il a fait les beaux jours des balbutiements du cinéma parlant, n’a plus beaucoup de sens dans les années 1950, en plein âge d’or néoréaliste du cinéma italien et à l’aube de la Nouvelle Vague. Point de mise en scène cinématographique, donc : la caméra de Mario Mattoli reste quasiment statique, sans réellement travailler son cadre, laissant littéralement et figurativement le jeu des acteurs dominer le devant de la scène. Ceux-ci en profitent pour s’en donner à cœur joie, multipliant le comique de gestes et le mitraillage de répliques – à qui criera le plus fort, souvent –, pour finir par épuiser quiconque ne domine pas suffisamment la langue de Verdi pour se passer de sous-titres.

Misanthropie

Un tel sujet aurait pu, du moins, appeler une critique sociale, thématique récurrente dans les comédies italiennes les plus réussies de l’époque. Malheureusement, si critique il y a, elle reste ici mâtinée d’une forte misanthropie, nobles comme miséreux apparaissant soit comme de parfaits idiots, soit comme d’infâmes profiteurs égoïstes. Le travail comique n’est pas suffisamment poussé pour que le héros, pourtant aussi fourbe que le Don Salluste de La Folie des grandeurs, parvienne à emporter l’adhésion par le rire. Inversement, les personnages sont trop unidimensionnels et caricaturaux pour devenir attachants. L’exemple le plus frappant reste cette scène où l’on apporte aux deux familles un énorme plat de spaghettis, qu’elles se mettent à dévorer à même le plat, avec les mains, couvrant leurs habits de sauce, bondissant sur la table, tels une bande d’animaux sauvages. Partagé entre le dégoût et la consternation, on en a oublié de rire.