Accueil > Actualité ciné > Critique > Moi, moche et méchant mardi 5 octobre 2010

Critique Moi, moche et méchant

Steal me to the Moon, par Ursula Michel

Moi, moche et méchant

Despicable Me

Les lémuriens préhistoriques, gentils cow-boys et autres poissons rouges d’animation n’ont qu’à bien se tenir. Un vrai « méchant » autoproclamé renoue avec la tradition des vilains et de leurs plans machiavéliques. Bourré de mauvais esprit bon enfant, Moi, moche et méchant fait s’esclaffer les enfants et ricaner les adultes. Que demande le peuple !

Gru, grand échassier chauve, vit seul avec son chien dans une sombre bâtisse d’un charmant quartier résidentiel. Mais Gru n’est pas un résident comme les autres, il a fait profession du mal. Enchainant les cambriolages depuis ses plus tendres années, il doit aujourd’hui faire face à un problème de taille : sa suprématie de super méchant est menacée par un petit nouveau. Gru n’a d’autre choix pour sauver sa réputation que d’exécuter le vol le plus osé de sa carrière, celui de la lune !

La première force du film tient sur les épaules de déménageur (mais montées sur de maigrichonnes gambettes) de Gru. Le méga méchant cumule les signes extérieurs de mauvais esprit. Son véhicule, monstre des routes, ferait passer un hummer pour une trottinette. La décoration de son Home Sweet Home minerait tout défenseur de la cause animale : son canapé creusé dans un crocodile, son fauteuil taillé dans un rhinocéros, bref la liste des animaux protégés et en voie de disparition version Ikea. Le grand méchant Gru combine ce décorum peu soucieux de l’environnement (et donc un poil subversif) à une joie incommensurable d’enquiquiner au large. S’il s’impatiente dans un fast-food, il « freeze » la file d’attente, s’il voit un enfant malheureux, il le désespère encore plus. Mais son esprit malin s’exprime véritablement durant ses heures de travail. Soutenu par une armée de minions (sorte de Pac-Man oblong débile et s’exprimant par borborygmes), épaulé par le Professeur Nefario, inventeur de machines plus démoniaques les unes que les autres mais un peu dur de la feuille, Gru ressemble à ces méchants à l’ancienne. Entre James Bond, pour les gadgets improbables, et Bip Bip et le coyote pour l’ingéniosité démesurée. Mais, pour survivre, les vilains de James Bond ont troqué l’artisanat (les dents en or) contre la haute technologie (les diamants incrustés dans la peau). Gru, vieux représentant d’un monde obsolète, se révèle du coup légèrement dépassé par son nouvel ennemi : le jeune Vector.

L’opposition générationnelle des deux protagonistes fonctionne comme un catalyseur comique, jouant sur les disproportions de moyens et de fins. Gru et son manoir gothique font pâle figure face à la demeure sophistiquée et télécommandée du gamin. Vêtu d’un justaucorps orange (la couleur de la révolution), se gavant de pop-corn en jouant sur sa console de jeu, Vector le geek se rêve en méchant absolu. Seul (il combine tous les rôles), il donne du fil à retordre à l’équipe de Gru. Individualisme contre collectif, technologie de pointe contre vieilles méthodes, Moi, moche et méchant se regarde comme un combat entre deux époques, deux mondes.

Film pour enfant oblige, la narration incorpore à ce récit l’arrivée quelque peu inopinée de trois petites filles orphelines dans la vie de Gru. L’éternel méchant se transforme alors au gré d’expériences émotionnelles inédites pour lui en père de substitution. Compartimentant son existence entre travail (voler la lune) et maison (s’occuper des enfants), il devient un homme moderne, jonglant entre demande de prêt à la Banque du Mal (un délire absolu dont les adultes sentiront toute la férocité amusée !), balade au parc d’attractions et expédition lunaire. Si cette part scénaristique répond gentiment (malgré le titre) aux attentes d’un film familial, elle n’en reste pas moins drôle (la mère de Gru, les péripéties des gamines…).

Moi, moche et méchant démontre l’intelligence d’Universal qui, braconnant sur les terres de Pixar, tire parfaitement son épingle du jeu, en maniant humour corrosif, sensibilité enfantine et clins d’œil appuyés. Sans oublier que le film est en 3D, rythmé par la pop de Pharrell Williams (« Despicable me », le morceau titre reste longtemps en tête) et vous obtenez une belle tranche de rigolade, intergénérationnelle et finalement à l’ancienne. Comme quoi c’est encore dans les vieux chaudrons qu’on fait les meilleures soupes.

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