Accueil > Actualité ciné > Critique > Moi, Olga mardi 5 juillet 2016

Critique Moi, Olga

© Arizona Films

Un lourd suicide, par Axel Scoffier

Moi, Olga

Já, Olga Hepnarová

Premier long métrage du binôme de réalisateurs tchèques Petr Kazda et Tomás Weinreb, Moi, Olga est une proposition ratée de mise en scène de la vie d’Olga Hepnarová, jeune homosexuelle opprimée, condamnée à la pendaison en 1974 pour un massacre public revanchard. Centré sur le destin tragique de son personnage principal, Moi, Olga est plombé par son projet de dénonciation de la Tchécoslovaquie archaïque et réussit à être désagréable par son procédé même de séduction et le manque de complexité du traitement d’une héroïne torturée pourtant virtuellement passionnante.

Noir et mutin

Moi, Olga se joue d’une iconographie héritée du film noir : femmes fatales, dégradé de gris ponctuellement rehaussés de noirs et blancs tranchants, fumées de cigarettes et automobiles est-allemande Trabant. La coupe de cheveux mutine d’Olga, qui rappelle celle de Natalie Portman dans Léon, et ses chemises entrebâillées dignes de Charlotte Rampling dans Portier de nuit, lui confère un air à la fois angélique et toxique. Dans la première partie du film, le doute plane encore quant à la tournure que peut prendre la vie de cette femme-enfant introvertie. Autonome, renfermée, séductrice, elle s’émancipe du giron familial et cherche à gagner sa vie en travaillant comme ouvrière, fait des rencontres, tombe amoureuse. Ses échecs sentimentaux, la dureté du regard familial, le rejet dont elle fait l’objet, muent progressivement sa rage froide en haine sociale. Lorsqu’elle fomente le projet de frapper un grand coup, en un attentat public façon Taxi Driver, la petite fille se transforme en tueuse aveugle.

Film kamikaze

Derrière des atours visuels, Moi, Olga peine à évoluer au-delà du didactisme de son script et ploie sous le poids de son sujet. Le film reste à la surface du personnage, péniblement arc bouté sur la problématique du mal-être d’Olga, montré sans finesse, se refusant à expliquer, mais incapable de complexité. Le film de vigilante en puissance tourne même en bon père la morale, dénonçant explicitement une société monolithique qui ne sait pas accepter la différence : « Je suis une solitaire. Une femme détruite. Une femme détruite par la société », explique-t-elle à son procès. La vengeance qu’elle entreprend, en même temps que son suicide, doit servir d’exemple : « Mon verdict est le suivant : Moi, Olga Hepnarová, victime de votre bestialité, vous condamne à mort. » Les dialogues sont explicites : « on ne combat pas le mal par le mal, Olga », peut-on entendre dans la bouche d’un médecin. « Je suis le souffre-douleur de notre société », répète Olga, en boucle. Le suicide est aussi celui du film, qu’on aurait préféré voir prendre son temps d’interroger son personnage, plutôt que d’en illustrer platement le destin.

Annonces