Accueil > Actualité ciné > Critique > Mon espion préféré mardi 4 novembre 2008

Critique Mon espion préféré

James Bond du dimanche, par Nicolas Maille

Mon espion préféré

My Mom’s New Boyfriend

réalisé par George Gallo

Meg Ryan et Antonio Banderas jouent à « qui est qui » dans cette comédie policière réalisée par le scénariste de l’oubliable Bad Boys. L’archétype du cinéma pop-corn sans grandes ambitions formelles mais plutôt bien ficelé.

Henry Durand (Colin Hanks) avait laissé sa mère (Meg Ryan) grosse et laide, ersatz de Goldie Hawn dans La mort vous va si bien. Quand il la retrouve trois ans plus tard, elle est devenue une tombeuse de ses hommes et enchaîne les amants à la vitesse d’une Lolita, écoutant les sérénades d’un Italien avant de s’amouracher d’un gentleman cambrioleur (Antonio Banderas), celui-là même que son fils est chargé de surveiller pour le compte du FBI…

Si l’on excepte In the Cut de Jane Campion, cela fait bien dix ans que Meg Ryan n’avait pas été en haut de l’affiche au point que l’on avait fini par oublier que cette figure de proue des films romantiques était autrefois capable de nous faire verser une larme en haut de l’Empire State Building (Nuits blanches à Seattle) ou de nous apprendre l’art de l’orgasme culinaire (Quand Harry rencontre Sally). Pour Antonio Banderas aussi la bonne étoile qui l’avait porté des fantasmes almodovariens aux plateaux hollywoodiens semble lui avoir fait des infidélités. Si l’on excepte sa participation féline dans le cast vocal de Shrek, le bel hidalgo n’a plus pointé son épée dans le box-office ces derniers temps. Mon espion préféré serait-il le film du comeback ? On peut émettre quelques doutes (d’autant que le film est passé directement par la case DVD aux États-Unis) mais cette comédie policière a au moins le mérite de nous montrer que le temps n’a aucune emprise sur la chirurgie esthétique. Tirée a quatre épingles, Meg Ryan n’a jamais été aussi rayonnante et n’hésite pas à jouer à fond avec son image, n’hésitant pas à paraître enlaidie au début du film, ce qui nous vaut au passage une séquence assez amusante où, du fait de son poids, elle tombe et déboule les marches de son perron. Le plaisir évident et communicatif que prennent Antonio Banderas et Meg Ryan à jouer leur rôle ainsi que leur constante autodérision fait que Mon espion préféré n’est à aucun moment un film de « stars » dont la trame ne servirait qu’à mettre en valeur le duo. La preuve, le couple se fait plusieurs fois voler la vedette par Colin Hanks, que l’on a pu voir le mois dernier dans Super Blonde, plutôt à l’aise dans son rôle de fiston obligé malgré lui d’approuver l’histoire d’amour de sa mère en pleine crise d’adolescence. Les scènes les plus réussies sont d’ailleurs celles qui jouent sur le comique de situation et les différents chocs provoqués par le renversement de la relation mère/fils. Notons au passage que le titre original My Mom’s New Boyfriend – néanmoins pas plus commercial – avait au moins le mérite d’être plus en phase avec l’esprit du film.

Plus comédie que film policier grossier comme on aurait pu le craindre (même si le film nous gratifie quand même d’une course-poursuite en voitures et de quelques fusillades), Mon espion préféré est l’une des premières réalisations de George Gallo qui, s’il aurait pu s’abstenir d’écrire le scénario de Bad Boys, reste à l’origine d’un ovni comique de Brian De Palma, Mafia Salad. Film de scénariste, Mon espion préféré est donc plutôt bien ficelé et démontre une certaine habileté à poser les connexions entre les personnages et les éléments clés qui font progresser le récit, rigueur qui compense le manque d’originalité de la plupart des situations. L’autre particularité de Mon espion préféré est de miser sur l’ambivalence des identités, la plupart des personnages se révélant finalement être autre chose que ce qu’ils prétendaient être. Certains y verront un tic de scénariste. David Mamet, notamment dans Engrenages ou La Prisonnière espagnole, n’a pas eu peur de pousser à l’extrême cet art du retournement qui donne un « 6ème sens » au film. Mais ce tic générateur de comique et de quiproquos a au moins le mérite de faire rebondir l’intrigue à intervalles réguliers et de donner à une même scène plusieurs angles de lecture selon le degré de connaissance qu’ont les personnages des uns des autres, comme cette séquence surréaliste où Colin Hanks est obligé d’espionner Meg Ryan lors de son premier rendez-vous (et première nuit) avec Antonio Banderas. Niveau mise en scène, George Gallo fait le service minimum et noie sa technique sous des effets « voyants » souvent maladroits (split-screen, transitions) et une musique assourdissante. Ce manque d’ambition formelle mêlée à une intrigue qui ne déploie pas des sommets d’originalité empêche Mon espion préféré de totalement dépasser le stade de film du samedi soir, agréablement consommé mais vite oublié.

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