Accueil > Actualité ciné > Critique > New York Melody mardi 29 juillet 2014

Critique New York Melody

Folk and blues, par Ferhat Abbas

New York Melody

Begin Again

réalisé par John Carney

Les vertus de la musique

Avec ce nouveau long-métrage, John Carney délaisse le décor irlandais de Once pour la vivacité et musicalité de New York, où la belle Gretta (Keira Knightley) est venue vivre une idylle musicale et romantique avec son compagnon Dave (interprété par le chanteur Adam Levine), repéré par un puissant label. Seulement, ce dernier va rapidement la quitter pour une carrière solo et une attachée de presse. La veille de son retour pour l’Angleterre, Gretta est poussée de force à chanter sur la scène d’un pub, et finit par susciter l’intérêt d’un producteur présent, alcoolique, amer et loin de son succès passé. Reprenant la partition musicale comme facteur de rapprochement, d’ouverture à l’autre et de reconstruction personnelle, le cinéaste John Carney s’aventure ici dans un projet qui, sous des airs évidents de légèreté, est plus ambitieux qu’il n’y paraît en mettant en scène de nombreuses séquences chantées (par une actrice peu habituée à l’exercice) sans pour autant verser dans la codification spécifique du genre de la comédie musicale.

Un traitement peu convaincant

Si une telle trame scénaristique possède une certaine originalité, elle est rapidement sclérosée par un montage agaçant, tant il tente de travestir ce qui est prévisible en éléments de surprise. Le film organise ainsi la rencontre entre les deux personnages par l’enchainement de deux longs flash-backs, qui permettent de souligner à la fois l’individualité des parcours et la complémentarité des caractères. L’une est rêveuse, s’habille comme un garçon manqué et prône l’accessibilité de la musique tandis que l’autre tente de renouer avec les rouages d’une industrie aléatoire, qui vise l’appétit du gain et le formatage des artistes. Ces éléments de différenciation entre Gretta et l’ex-producteur sont ici exploités à usure comme pour mieux anticiper et préparer ce qui devait paraître comme un pur produit du hasard. À force de souligner les contrastes, la rencontre devient en effet pour le spectateur inévitable.

La musique se retrouve donc moins utilisée comme un facteur de rapprochement que comme un cache-misère censé dissimuler les faiblesses d’un scénario cousu en toute vraisemblance de fil blanc. Au lieu d’organiser des tensions intéressantes entre les personnages, la séquence musicale ne tient lieu ici que d’exutoire, de pansement, masquant avec peine une évolution psychologique tout à fait linéaire et classique de la belle Gretta. En résulte un propos général volontairement optimiste, mais qui succombe au formatage qu’il est censé lui-même dénoncer, en préconisant le financement participatif de l’industrie du disque comme s’il s’agissait de céder aux lumières d’un phénomène de mode. En poussant la chansonnette, Keira Knightley crée néanmoins la bonne surprise du film. Dommage que sa voix ne soit pas assez puissante pour finalement couvrir toutes ces faiblesses.

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