Accueil > Actualité ciné > Critique > Non-Stop mardi 25 février 2014

Critique Non-Stop

Jaume Collet-Serra rate l’avion, par Pierre-Édouard Peillon

Non-Stop

réalisé par Jaume Collet-Serra

Assez paradoxalement, l’adrénaline à laquelle se dope le cinéma de Jaume Collet-Serra n’a jamais été stimulée par la frayeur d’un grand saut dans le vide – un plongeon vers de nouvelles formes d’épouvante ou de suspense – mais tranquillement cueillie sur les chemins déjà parcourus par ses aînés. De sa première réalisation, La Maison de cire, remake d’un remake (L’Homme au masque de cire, sorti en 1953 et reprenant les Masques de cire de 1933), à son passage au thriller avec Sans identité, sorte d’hommage à Alfred Hitchcock noyé sous un coulis de polar bessonien (Taken), le cinéaste espagnol n’a jamais caché qu’il misait essentiellement sur l’appréhension ou la palpitation que peut créer la réapparition d’images déjà bien implantées dans l’imaginaire de ses spectateurs (clichés parfois même ressassés dans la foulée de leur éclosion ; son Esther allant jusqu’à réutiliser la même actrice, Vera Farmiga, seulement deux ans après la sortie de Joshua, film qu’il copie ouvertement).

Ne déviant pas de cette trajectoire où les balises narratives et visuelles servent de pivots autour desquels gravitent ses séries B à gros budgets, Jaume Collet-Sera s’embarque cette fois dans le thriller aéronautique, sous-genre musclé alliant généralement le whodunnit en huis clos aux frissons du film de catastrophe. Sans s’embarrasser d’une quelconque originalité, Non-Stop – comme l’indique son titre – déverse un flux continu de lieux-communs. Soit un Liam Neeson en air marshal au passé trouble et au présent alcoolisé, chargé de la sécurité à bord d’un avion et soudainement assailli de textos par un anonyme qui menace de tuer un passager toutes les vingt minutes si 150 millions de dollars ne sont pas transférés sur un compte dont le bénéficiaire se révèle être, très rapidement, le policier. S’engage alors le classique jeu du chat et de la souris, tandis qu’un certain nombre de preuves accablent chaque fois un peu plus le pauvre Bill Marks.

Narration schizophrène

Condensant tous les réflexes formels du film tiraillé entre la fuite en avant d’un thriller nerveux (plans obliques dans les instants où "tout bascule", bouillies d’images pour les bastons) et les cachoteries d’un polar with a twist (sur-utilisation du bokeh pour flouter certains éléments clés dans un coin du plan), Non-Stop démonte trop précipitamment son seul tremplin vers une forme de singularité : l’ambiguïté flottant autour du personnage principal, laissant croire un court instant qu’il pourrait être un schizophrène lancé dans une traque contre lui-même, s’évapore en moins de rien dans une répartition des rôles trop simpliste. Devant l’écran, les spectateurs en supporters inconditionnels de Bill, rapidement assurés par tout un faisceau d’indices que le policier n’a pas grand-chose à se reprocher ; à l’écran, les passagers formant une milice accusatrice, bombardés de preuves incriminant celui qui clame être leur protecteur.

Cette manière de servir deux plats différents aux spectateurs et aux personnages secondaires est d’autant plus navrante que la tambouille se révèle être, respectivement, soit profondément insipide (Neeson ne campe qu’un énième flic bien intentionné mais pas gâté par la vie), soit franchement incomestible (les passagers apprennent que Bill a été désavoué par ses supérieurs en regardant le JT en direct sur leurs télévisions dans l’avion – les infos, en direct, dans un avion, vraiment ?!). À l’arrivée, ce n’est pas le marshal mais bien la narration qui souffre d’une schizophrénie qui ruine totalement la tension dramatique à laquelle le film prétend pourtant.

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