Accueil > Actualité ciné > Critique > Nos voisins les hommes mercredi 5 juillet 2006

Critique Nos voisins les hommes

Paranoïd animation, par Raphaël Le Toux-Lungo

Nos voisins les hommes

Over the Hedge

L’été arrive et avec lui son lot de sorties pour les bambins en vacances. Nos voisins les hommes, adaptation d’une BD quotidienne publiée dès 1995, est le point de départ du nouveau film de DreamWorks, où une bande d’animaux des bois se retrouvent à harceler les humains d’une banlieue lambda tout en se moquant (très) gentiment d’eux. Entre paranoïa et cynisme apparaît alors un nouvel âge du dessin animé hollywoodien.

À l’arrivée du Printemps, les animaux de la forêt emmenés par Verne la tortue sortent de leur terrier pour reprendre des forces après leur longue hibernation. Mais stupeur, une haie les encercle ! La bande est très vite rejointe par Riton, un raton laveur baroudeur et manipulateur qui va les initier à l’opulence du mode de vie des humains. Dans la banlieue, domaine du « bien être » il n’y a qu’à se servir pour survivre et la nourriture coule à flot.

Adapté d’une bande dessinée publiée dés 1995 par M. Fry et T. Lewis, Over the Hedge, Nos voisins les hommes confirment le poids de DreamWorks dans la production des dessins animés. Suite logique aux succès mondiaux de Shrek et de Madagascar, ce dernier opus reprend toutes les figures des réussites mises en place précédemment : énergie au bord de l’hystérie héritée du cartoon à la Tex Avery, blagues second degré « pour adultes », créatures animées proches de la peluche irrésistible mais au caractère bien trempé, références post-modernes aux classiques du cinéma... La recette est rodée et fonctionne plutôt bien.

Pourtant, le choix du territoire où se déroule l’aventure est en soi une nouveauté. Après les îles lointaines de Madagascar et l’univers merveilleux du conte dans Shrek, Nos voisins les hommes réinvestit une géographie plus réaliste et politique : la banlieue pavillonnaire blanche des villes américaines. Les petits animaux vont piller sans vergogne cet univers surprotégé où vivent des humains dont le principal désir est d’accumuler sans cesse des biens de consommation jusqu’au gâchis. Fabriquée de toutes pièces et érigée comme symbole d’une société, la banlieue bourgeoise est aussi devenue le nouvel Eldorado du cinéma américain qui se plaît à nous rappeler qu’il ne s’agit là que d’un rêve vicié de l’intérieur. En effet depuis quelques années, de nombreux films de fiction, de American Beauty à Desperate Housewives, se plaisent scruter l’envers de l’univers pavillonnaire où grouillent les névroses et la folie qu’une indécente opulence n’arrive plus à masquer. La banlieue comme paradis artificiel, qui peut évoquer le bonheur rassurant comme le cauchemar le plus infernal.

Mais c’est sur ce terrain que le film pèche le plus. La thématique de la banlieue et ce qui en découle, (ici en premier lieu la mal-bouffe, l’écologie et la sécurité) trouve un traitement ambigu et plus timoré. La critique sociale proposée par le film semble s’inscrire dans l’air du temps et n’empêche pas une certaine glorification des valeurs américaines. Car, finalement, les animaux profitent eux aussi d’un système qu’ils ne remettent jamais en question.

Après avoir construit son empire sur les contes de fées, le cinéma américain semble avoir trouvé un nouveau filon pour remplir les caisses. La critique sociale acerbe répond justement à la demande d’un certain public mais n’atteste en aucun cas de la sincérité de ceux qui la propose. Et c’est ainsi que naquît un nouvel âge classique du dessin animé, nettement plus cynique.

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