Accueil > Actualité ciné > Critique > OSS 117, Le Caire nid d’espions mardi 18 avril 2006

Critique OSS 117, Le Caire nid d'espions

© Gaumont Columbia Tristar Films

L’homme qui n’en savait pas assez, par Clément Graminiès

OSS 117, Le Caire nid d’espions

réalisé par Michel Hazanavicius

Tout le monde le sait : Jean Dujardin n’est pas l’acteur que l’on attend. Pourtant, jamais son jeu cabotin et outrancier n’avait été autant utilisé à bon escient. Autour de lui, le réalisateur Michel Hazanavicius a bâti un projet ambitieux et pourtant sans prétention, mariant exigence cinéphilique et comédie populaire. Une réussite inespérée.

Jusqu’ici, rien ne laissait présager qu’une grosse production française puisse un jour nous arracher un sourire. Après avoir été consternés devant Les Bronzés 3, La Doublure et autre Fauteuils d’orchestre, dont les seuls canevas scénaristiques ne tenaient qu’à des questions d’argent ou de réussite sociale, OSS 117, Le Caire nid d’espions tombe à pic pour secouer le train-train insupportable du « rire » made in France. Et pourtant, cette dernière production, qui devrait sans mal attirer des millions de spectateurs, partait d’un très mauvais pied : la distribution, d’abord, avec en tête d’affiche Jean Dujardin, le nouveau golden boy d’un cinéma qui pense rentabilité avant créativité, puis un second rôle féminin tenu par une actrice qui n’a jamais vraiment fait ses preuves, Bérénice Béjo, à l’inverse d’Aure Atika ; la réalisation et l’écriture, ensuite, supervisées par Michel Hazanavicius, coupable des scénarii de Delphine 1, Yvan 0 ou plus récemment du pitoyable Les Dalton.

Pour ceux qui ne l’ont pas encore vu, difficile d’imaginer qu’OSS 117, Le Caire nid d’espions puisse être cette réussite dont on parle tant dans la presse nationale. Et pourtant, l’une des premières astuces du film est d’adopter la contrainte comme élément moteur. Réalisé – presque – comme une œuvre des années 1950, ce second long métrage de Michel Hazanavicius évite toutes les facilités dont nos comédies hexagonales s’abreuvent à outrance au point d’incarner le néant le plus édifiant. Même si on a tout de même droit à un festival Jean Dujardin en long, en large et en travers, le réalisateur ne se contente nullement de poser sa caméra en plan fixe et d’alterner les champs/contrechamps les plus médiocres. Pour cette adaptation d’une BD des années 1950 illustrant les prouesses d’un pitoyable agent secret, Michel Hazanavicius a choisi de rendre un hommage – trop rare aujourd’hui – aux films d’antan, notamment ceux de l’âge d’or d’Hollywood. Notons le très beau travail sur la couleur qui reproduit les contrastes du Technicolor et qui donne à cet épisode d’OSS 117 de lointains accents de La Mort aux trousses ou de L’Homme qui en savait trop. Le cinéma de studio et ses avions en maquette, ses voitures fixes derrière lesquelles défile un paysage exotique, renaît littéralement. L’art du faux est porté à son paroxysme.

Mais OSS 117 ne se contente nullement d’être un pastiche de chefs-d’œuvre pour la plupart inégalables. Le personnage titre n’a ni l’efficacité d’un James Bond, ni la classe d’un Cary Grant. Bien loin d’être une image flatteuse de l’homme occidental, OSS 117 est « typiquement français » – comme le lui fait remarquer Larmina (Bérénice Béjo) – c’est-à-dire à la fois suffisant, beauf, raciste au point d’avouer au porte-parole égyptien qu’il considère son peuple comme arriéré, en retard de plusieurs siècles sur la civilisation occidentale. Triste rappel d’un sentiment post-colonialiste qui perdure dans notre beau pays, édifiant reflet de l’intolérance et de l’incompréhension dont souffre aujourd’hui la religion musulmane. Sous ses airs de grande comédie populaire, OSS 117 n’est pas dénué de propos et ne se limite en aucun cas à provoquer l’éclat de rire de l’instant, le rire bête et régressif qui ne demande jamais au spectateur d’être plus qu’un consommateur de masse. Preuve en est ces flash-backs délirants sur l’amitié que vouait l’agent secret pour son ami assassiné. L’évidente homosexualité suggérée par les scènes rappelle les nombreux tabous que les réalisateurs des années 1950 devaient contourner avec génie pour ne jamais dénaturer leur film. Si Michel Hazanavicius n’a pas su convaincre lors de ses précédents projets cinématographiques, force est de reconnaître qu’il a grandi à bonne école. Collaborateur des Nuls, auteurs des meilleurs sketches pour les Guignols de l’Info, il a su concilier son talent pour l’écriture grinçante et son sens du gag le plus absurde, le plus incongru pour redorer le blason de la comédie de gauche, foncièrement progressiste. Si l’on frémit en écoutant l’infâme Veber citer les grandes comédies de Lubitsch, Hawks et autres Cukor, le cinéma de Michel Hazanavicius est bel et bien référencé, soucieux de revendiquer une histoire du cinéma dont il est aujourd’hui l’héritier.

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