Accueil > Actualité ciné > Critique > P.S. I Love You mardi 5 février 2008

Critique P.S. I Love You

Préparez vos mouchoirs, par Ophélie Wiel

P.S. I Love You

réalisé par Richard LaGravenese

Attention aux âmes sensibles : énorme mélo et grosses larmes de crocodile en perspective... Ceux qui ont vu et adoré Sur la route de Madison, dont Richard LaGravenese avait écrit le scénario, comprendront : n’allez pas voir P.S. I Love You sans un paquet de mouchoirs aussi large que l’indispensable sachet de pop-corns. « Comédie » romantique sans autre prétention que de séduire un public féminin déjà tout attaché à sa cause avec un message aussi révolutionnaire que « le grand amooouurr c’est troooop beau », P.S. I Love You ne bouleversera que les midinettes, mais prouve une fois de plus que même dans leurs schémas les plus éprouvés, les scénaristes américains, qui nous manquent beaucoup depuis le début de leur grève justifiée, sont vraiment de petits malins.

Holly et Gerry filent le parfait amour depuis neuf ans, malgré de petites prises de bec dûes à l’insouciance de Gerry et l’inconstance d’Holly. Hélas ! Quinze minutes après le début du film, on retrouve Gerry dans une urne, tumeur au cerveau oblige. Dévastée, Holly se renferme sur elle-même. Mais le jour de son trentième anniversaire, elle reçoit un message de Gerry (enregistré avant sa mort, pas du paradis) : celui-ci lui a préparé une série de lettres, qu’elle recevra sans en être avertie, pour l’aider à se reconstruire une nouvelle vie... Holly, c’est Hilary Swank, la très belle actrice multi-oscarisable, à qui la comédie comme le drame vont comme un gant (ça tombe bien, P.S. I Love You est un peu des deux). Gerry, c’est le très sexy Gerard Butler (vu en Leonidas dans 300 : honnêtement, on ne l’avait pas reconnu), accent écossais et sourire craquant en prime pour emballer les filles.

La première scène est franchement surprenante si ce n’est réussi : plus de dix minutes ininterrompues, dans le lieu unique de leur appartement, des disputes et réconciliations diverses de Holly et Gerry, filmées au petit bonheur la chance mais assez nouvelles dans le genre usé jusqu’à la corde de la comédie romantique. On est presque désolés pour Richard LaGravenese de préférer P.S. I Love You quand la caméra se pose enfin pour de banals champs/contrechamps, mais le film est sans doute un poil trop long pour tenir sur des schémas innovants. On n’en attendait bien sûr pas beaucoup plus du réalisateur d’Écrire pour exister, avec la même Hilary Swank, qui n’avait pas marqué les foules...

Il reste tout de même que le film est d’une habileté scénaristique remarquable (on ne travaille pas avec Clint Eastwood pour rien). Les quelques longueurs sont compensés par une galerie travaillée de personnages secondaires, des bonnes copines survoltées (dont Lisa Kudrow de Friends) aux amoureux potentiels (Harry Connick Jr et Jeffrey Dean Morgan de Grey’s Anatomy). Le balancement entre comédie et drame permet des moments réellement tendres et savoureux, à mi-chemin entre Bridget Jones et Elle et lui, où la nostalgie est provoquée par de petits souvenirs de la vie quotidienne et les rires par de petits riens ordinaires saupoudrés d’une bonne dose de second degré ou de burlesque. Hilary Swank, chantant du Judy Garland ou se cassant le nez en trébuchant sur un câble, donne tant et si bien du sien qu’elle ne démérite pas des grandes dames de la comédie américaine, de Katharine Hepburn à Julia Roberts.

P.S. I Love You n’est sans doute qu’une jolie romance de plus, perdue dans la marée rose bonbon de 2008 : entre 27 robes, Penelope, The Accidental Husband et Sex and the City, le genre n’a jamais aussi bien marché, preuve aussi du succès impressionnant de la littérature chick flick (les Américains seraient-ils en manque d’amour ?). Mais elle prouve une fois de plus que même lorsqu’il s’agit de petits films aussi vite vus qu’oubliés, les cinéastes américains ne se contentent jamais du minimum vital. Il y a un véritable savoir-faire dans P.S. I Love You, que les critiques grincheux et sévères dénigreront, sans doute à raison, mais qui distille aussi un plaisir immédiat de spectateur, où l’émotion contenue pendant deux heures éclate dans un imprévisible final 100% romantique, doux et moelleux comme un gros chamallow.

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