Accueil > Actualité ciné > Critique > Paranormal Activity mardi 1er décembre 2009

Critique Paranormal Activity

Chéri, fais-moi peur, par Fabien Reyre

Paranormal Activity

réalisé par Oren Peli

Sous ses (faux) airs de petit film fauché mais malin comme un singe et plus flippant que L’Exorciste et Poltergeist réunis, Paranormal Activity est, surtout, une œuvre dans l’air du temps : plus « développement durable », tu meurs. Car en matière de recyclage, on ne fait pas mieux : un scénario qui tient sur un post-it, un budget ultra serré (une caméra, la maison du réalisateur en guise de décor et deux apprentis comédiens payés au lance-pierre pour le casting) et un concept calqué sur le même principe que les vus et revus Projet Blair Witch et REC : hop, le tour est joué ! Un joli coup qui s’est avéré payant, puisque Paranormal Activity, tourné en sept jours pour 15 000 dollars, en a rapporté plus de 115 millions sur le seul sol américain. Racheté par Paramount qui a un temps envisagé de le laisser dans ses cartons pour en faire un remake bourré d’effets spéciaux, Paranormal Activity a fait le tour des festivals et a gagné un public de fans avertis, parmi lesquels Spielberg lui-même, dont les conseils avisés ont permis au réalisateur de tourner une fin un peu plus raccord avec les attentes du public. Ajoutez à ça une bande-annonce efficace (comme celle proposée pour REC il y a deux ans, elle choisit de montrer les réactions d’un public-test dans la salle, plutôt que des images du film en lui-même) et l’affaire se révèle sacrément payante.

En réalité, le buzz autour du film est bien plus intéressant que le film en lui-même : l’attente (et la montée d’adrénaline qui l’accompagne) est plus jouissive que le produit fini, forcément décevant. Il est donc fortement conseillé au public de se délecter de ces préliminaires car, en dehors des portes qui claquent et des draps qui volent, Paranormal Activity montre surtout deux mauvais comédiens jouant à se faire peur avec un caméscope. Contrairement au décrié Projet Blair Witch, qui jouait habilement sur des peurs primitives (la forêt, la nuit, les bruits inconnus) et reposait entièrement sur ce qui se passe hors champ, laissant toute latitude au public pour y projeter ses angoisses, Paranormal Activity met le spectateur dans une position voyeuriste. D’emblée, nous sommes invités à partager l’intimité de ce couple qui fait le choix de se filmer en continu pour percer les secrets de ce qui – on l’apprend bien assez tôt – poursuit l’héroïne depuis l’enfance : un esprit frappeur et drôlement remonté. Bien entendu, c’est dans la chambre à coucher que se joueront les actes principaux de cette farce grotesque qui reprend les grosses ficelles d’un sous-genre exsangue (le film de possession) et les adapte à la sauce Loft Story : le plus intéressant est ce qui se passe quand les lumières sont éteintes et que la caméra passe en mode infrarouge, enregistrant de façon exhaustive, en plan fixe, ce qui se trame sous les draps. Mais le réalisateur ne semble même pas avoir saisi toutes les potentialités de son idée de départ, pourtant riche de promesses : un héros beauf qui ne prend pas la menace au sérieux, une héroïne tourmentée depuis le plus jeune âge, possédée par un corps étranger qui vient frapper la nuit, sur le lit conjugal… et, entre eux deux (ou eux trois, si l’on compte le démon), une caméra omnisciente qui enregistre, dans ses moindres détails, les différentes étapes de ce drame domestique qui oppose les membres de ce curieux ménage à trois. Même le médium appelé à la rescousse ressemble à un conseiller conjugal !

Alors on pense à Lynch, De Palma, Carpenter ou Cronenberg, encore et toujours eux, et l’on ne peut que se délecter d’imaginer ce qu’ils auraient fait d’une idée pareille, fort excitante sur le papier mais cruellement sous-exploitée à l’écran. Même pas vraiment flippant, Paranormal Activity utilise mal le hors-champ et l’espace, se bornant à utiliser les mêmes ficelles grossières pour faire monter une mayonnaise au goût rance de déjà-vu. Le final, grotesque, vient contredire l’esprit bricolé de l’ensemble : maladroitement gonflé par quelques trucages numériques, calqué sur la vague (pourtant déjà bien ringarde) de l’horreur nippone à la Ring ou The Grudge, il a en outre le mauvais goût de prendre le spectateur la main dans le pot de confiture, d’un air réprobateur : promis, c’est fini, plus jamais ça, on ne nous y reprendra plus.

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