Accueil > Actualité ciné > Critique > Parasol mardi 9 août 2016

Critique Parasol

© 2015 Wrong Men North – Datcha Film – Proximus

Paradis : Pitié, par Benoît Smith

Parasol

réalisé par Valéry Rosier

Dans les plaisirs touristiques creux de Majorque, les âmes restent solitaires. Voilà à quoi pourrait se résumer le propos de Parasol, premier long-métrage de fiction du Belge Valéry Rosier, qui conte en montage parallèle les errances de trois personnages en quête de bonheurs fugaces et illusoires, sur l’île méditerranéenne aux allures de paradis artificiel discount. La morale telle qu’énoncée est, on en conviendra, assez peu consistante, et le récit qui entrecroise ainsi trois illustrations de cette morale n’est pas sans rappeler le principe du récent Asphalte de Samuel Benchetrit : soit une manière d’affecter une choralité sur des thèmes somme toute génériques – la solitude, l’ennui, la vanité du monde – en gonflant et en juxtaposant des cas d’étude dont chacun pris seul n’appelait guère plus qu’un court-métrage. Ne pas oublier, dans ce processus, le petit liant métaphorique pour confirmer que tout ce petit monde va dans le même sens, ici un touriste anonyme arpentant la plage avec un détecteur de métaux (nous cherchons tous quelque chose, n’est-ce pas ?).

Petits êtres

Si cet argument-là est limité, ce n’est pourtant pas tant lui qui gêne que la façon dont le film le dilate, se gonflant au passage de prétention à être un regard d’artiste sur le monde, au détriment de ce et ceux qu’il met à contribution. Il somme ses personnages, plus ou moins pathétiques et/ou dignes de commisération, à se mouvoir et se positionner dans un cadre qui les sur-cadre, les relègue dans un coin de l’espace tels de simples éléments de composition (rarement l’usage du format CinemaScope aura paru aussi écrasant, humiliant, mortifère), les maintient à un statut de silhouettes confondues dans une vague idée de la solitude et s’agitant vainement dans le triste décor majorquin au point que leurs gestes s’apparentent parfois à des sketches lorgnant du côté de Roy Andersson. L’usage généreux des musiques de boîtes à rythmes destinées aux touristes appuie l’ironie cruelle de ces individus errant dans un paradis en toc – mais fort heureusement, les passages musicaux originaux, eux, sont là pour rappeler l’existence d’un regard empathique et compatissant posé sur eux... La posture duplice du cinéaste, affectant d’un côté la cruauté radicale envers le tourisme et de l’autre la douceur envers ces petits êtres en manque, ne convainc jamais. On n’y voit que les efforts pour soigner l’apparence de son film, qu’il réponde à certains critères pour pouvoir se vendre dans des catégories spécifiques (« doux-amer », « ironie critique », « film de mise en scène »), mais en se fabriquant une vision aussi artificielle que les lumières de Majorque – et un peu plus obscène.

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