Accueil > Actualité ciné > Critique > Parkland mardi 1er octobre 2013

Critique Parkland

C’est Kennedy qu’on assassine, par Benoît Smith

Parkland

réalisé par Peter Landesman

La compétition pour le Lion d’or de la Mostra 2013 comportait quelques aberrations, telles que ce Parkland qui eût mieux trouvé sa place – et la trouvera peut-être – dans les rangs pontifiants de la course aux Oscars ou aux BAFTA. Tirant son titre du nom d’un hôpital de Dallas, ce n’est autre que la reconstitution des témoignages de l’assassinat, le 22 novembre 1963 dans cette ville, du président des États-Unis John F. Kennedy, ainsi que de ses répercussions locales dans les trois jours qui suivirent. Cinquante ans après, que reste-t-il à dire, à écrire, à filmer sur cet événement qui traumatise toujours la nation américaine ? Beaucoup de zones d’ombre demeurent, c’est certain, et il y a du travail d’information à faire pour que la vérité des faits refroidisse les fantasmes des théories du complot. Or ces questions, visiblement, n’intéressent absolument pas Peter Landesman, que son CV présente pourtant comme un « journaliste d’investigation » (sur les sujets croustillants, à n’en point douter) pour le New York Times. Disposant d’une pelletée d’acteurs familiers, son premier long métrage s’ingénie à reconstituer en leur prestigieuse compagnie les différents lieux et points de vue relatifs aux événements : Abraham Zapruder, bien sûr, le filmeur malgré lui de Kennedy tombant sous les balles ; les médecins qui tentèrent de sauver l’illustre victime ; les agents du Secret Service qui assuraient sa protection et se démenèrent pour ramener le corps à Washington ; le vice-président et futur président Lyndon B. Johnson ; le FBI ; et même un certain Robert Oswald, brave type pas gâté par la vie, avec son assassin de frère Lee Harvey et leur mère illuminée qui soutint que ce dernier était un agent du gouvernement.

« Tout le monde aimait JFK »

Sans courir après le film JFK (les conspirationnistes jadis flattés par Oliver Stone en seront ici pour leurs frais), Parkland voudrait se montrer comme un peu plus qu’une reconstitution soignée avec accessoires vintage, vénérables voitures et costumes-cravates. En guise d’ambition, il affiche un angle d’attaque des faits : la description du profond désarroi dans lequel le drame plonge la communauté, locale mais aussi nationale au travers des services fédéraux, désarroi qui entraîne fébrilité, approximations, flottement dans le système (conflit entre le coroner local et le Secret Service : le meurtre d’un président est-il ou non un crime fédéral ?), rétrospection honteuse (où la protection a-t-elle failli ?), persistance des appétits humains (Zapruder vendant son film au magazine Life sans que les autorités puissent l’en empêcher). Landesman adhère si consciencieusement à cette idée de chaos qu’il lui donne l’illustration la plus académique qui soit, par le cocktail désormais bien connu de caméra artificiellement agitée et de sur-découpage. [1] Cet académisme est le mur contre lequel buttent toutes les intentions du réalisateur : celui de la forme, ostensible, n’est que le symptôme de celui du fond.

C’est que derrière l’intelligence apparente de la description des réactions multiples, le film se complaît dans une vision beaucoup plus consensuelle et illusoire. Il faut voir comment presque toutes les scènes, à l’hôpital, dans les bureaux ou en extérieur, se referment sur une sentence ou une posture appuyée qui prend soin de nous rappeler les mêmes évidences solennelles et superficielles : c’est le président des États-Unis qui vient de mourir, et toute une nation est terrassée par l’événement. Les seules voix discordantes dans ce chœur d’allégeance compassée sont celles de Lee Harvey Oswald et de sa mère et, comme tous les acteurs de Parkland sont dans l’application raide ou le cabotinage, autant dire que ces deux-là ne sont pas gâtés par leur interprétation (Jacki Weaver fait de maman Oswald un risible avatar de Ma Dalton). Du coup, le personnage du frère, qui eût pu susciter l’intérêt tant les récits de l’assassinat le laissaient jusque-là dans l’ombre, semble instrumentalisé comme une caution morale pour ce consensus face aux caricatures qui lui tiennent lieu de famille. En gros, tout le monde aimait JFK. Il fallait bien un film du cinquantenaire pour nous le rappeler.

Notes

[1Encore une fois, Hollywood peut remercier la contribution d’un des pros du style « reportage embarqué », le chef-opérateur britannique Barry Ackroyd qui, après une longue collaboration avec Ken Loach où il n’en faisait pas tant, est parti vendre son savoir-faire là où ce genre de simulacre est devenu une machine poids-lourd (chez Greengrass, Bigelow...).

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