• Pas son genre

  • France
  • -
  • 2014
  • Réalisation : Lucas Belvaux
  • Scénario : Lucas Belvaux
  • d'après : le roman Pas son genre
  • de : Philippe Vilain
  • Image : Pierric Gantelmi d'Ille
  • Décors : Frédérique Belvaux
  • Costumes : Nathalie Raoul
  • Son : Béatrice Wick
  • Montage : Ludo Troch
  • Musique : Frédéric Vercheval
  • Producteur(s) : Patrick Quinet, Patrick Sobelman
  • Production : Agat Films & Cie, Artémis Productions, France 3 Cinéma, RTBF, Belgacom
  • Interprétation : Émilie Dequenne (Jennifer), Loïc Corbery (Clément), Sandra Nkake (Cathy), Charlotte Talpaert (Nolwenn), Anne Coesens (Hélène Pasquier-Legrand), Didier Sandre (le père de Clément), Martine Chevallier (la mère de Clément)...
  • Distributeur : Diaphana Distribution
  • Durée : 1h51
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Pas son genre

réalisé par Lucas Belvaux

Une romance amoureuse est-elle réellement possible entre une séduisante coiffeuse et un jeune professeur de philosophie ? Si cette question-type de la possibilité amoureuse à l’épreuve des barrières sociales a pu nourrir de nombreuses comédies romantiques, elle permet ici à Lucas Belvaux de quitter temporairement le terrain du film noir, pour s’aventurer sur celui de la légèreté sentimentale. Enfin, seulement en apparence.

Une romance quotidienne

Lorsque Clément (interprété par Loïc Corbery de la Comédie-Française) est muté à Arras pour y enseigner la philosophie en lycée, la morosité et l’ennui lui ont manifestement enlevé toute joie de vivre. En parallèle de son activité d’enseignement, le jeune homme vient tout juste de publier une sorte de traité philosophique, portant sans surprise sur l’amour. En faisant la rencontre de Jennifer, Clément est face à son plus strict opposé : elle lit des romans populaires, elle est fan de Jennifer Aniston, élève seul un enfant.

Le décalage culturel et social guide les premiers pas de cette rencontre amoureuse, présentée comme un événement surprenant, tant les éléments narratifs sont ici combinés pour nous faire croire, a priori, qu’il s’agit de deux univers véritablement distincts. La confrontation entre ces deux mondes amène dans un premier temps une compilation de moments attendus, destinés à accentuer la potentielle capacité d’adaptation de chacun des deux protagonistes vis-à-vis de l’autre. La séquence de boîte de nuit reste à ce titre la plus significative : Clément délaisse progressivement sa gestuelle et sa rigueur de professeur pour « se lâcher » entièrement sur la piste, comme s’il faisait ses premiers pas dans la sphère d’une normalité « populaire ». Si le film esquisse par ce biais la capacité d’évolution du professeur, que peut-il en être de Jennifer ? La belle coiffeuse peut-elle à son tour se laisser porter par l’univers personnel et social de son amant ?

La guerre des mondes

Le problème est qu’en prenant le parti pris d’exploiter la différence sociale comme une différence culturelle, le réalisateur tombe rapidement dans le piège d’un propos ambigu, qui assimile une distinction sociologique à un facteur nécessaire de séparation. Si Jennifer succombe doucement au charme du jeune professeur, l’inverse semble plus incertain, tant la jeune femme décèle progressivement chez Clément une part de mystère. Lucas Belvaux tire dès lors de cette intuition de Jennifer une sorte de motricité policière, comme si le cinéaste était malgré les apparences rattrapé par son envie d’inclure une tension de film à suspense.

Seulement, une telle tournure n’apporte pas véritablement d’intérêt dramatique à la relation amoureuse. Au contraire, elle sclérose le film dans une certaine prévisibilité difficile à contourner, tant Lucas Belvaux fige d’entrée de jeu ses personnages dans une perspective d’évolution inégale, comme s’il s’agissait de nous convaincre que la petite Rosetta ne pourra jamais devenir une grande dame. Malgré les perspectives de vie que semble promettre à Jennifer le dénouement du film, le mal a déjà été fait : l’inégalité sociale s’est essayée à la malheureuse expérience de l’arbitrage amoureux.