Accueil > Actualité ciné > Critique > Pauline détective mardi 2 octobre 2012

Critique Pauline détective

Insoutenable légèreté, par Benoît Smith

Pauline détective

réalisé par Marc Fitoussi

Avant d’être une détective à proprement parler, Pauline travaille à la rédaction du Nouveau Détective, la bien connue feuille de faits divers, avec, pour ce qu’on en voit, le professionnalisme un brin cynique qui convient. Las : larguée par son petit ami, traînée de force par sa sœur et son beau-frère dans une station balnéaire italienne pour se changer les idées, elle se révèle soudain semblable aux plus caricaturaux lecteurs de son journal, prompte à voir partout du mystère et des squelettes dans le placard. Se persuadant que sa voisine de chambre abruptement disparue a été assassinée, elle entame une enquête d’amatrice forcenée qu’aucune objection à ses hypothèses sordides ne fera reculer, entraînant dans sa course folle le séduisant maître nageur de l’hôtel avec lequel, fracture entre touriste et autochtone oblige, le courant ne passe pas vraiment – mais on devine que cela est voué à changer par la grâce du film.

Conformément à son titre sorti tout droit des romans policiers pour enfants de la « Bibliothèque rose », Pauline détective se veut un divertissement « champagne », léger et sans prise de tête, même quand il aborde des choses sérieuses. Le scénariste-réalisateur Marc Fitoussi donne le ton et le clame à longueur de film. Ce qu’il concocte serait rien moins qu’une version « pour rire » de roman d’Agatha Christie, où, tout en suivant distraitement la résolution du mystère, il est permis de rire de tout, et avant tout de la protagoniste ridicule de préjugés, d’élucubrations et d’aveuglement au monde, campée par une Sandrine Kiberlain qu’on devine trop heureuse de faire la fofolle pour une des rares occasions de sa carrière. L’ennui est qu’on ne croit ni à la nécessité ni au bien-fondé de cette farce. D’abord, comme l’a montré Hitchcock en dirigeant des stars dans des rôles d’individus transparents en apparence, il est difficile de se motiver pour suivre les aventures d’une héroïne pour laquelle on ne peut ressentir un seul instant la moindre empathie, depuis sa présentation boiteuse (vendeuse de sordide subjuguée par son propre produit) jusqu’à sa mécanique de pantin dont l’obstination butée n’apparaît que comme un téléguidage par le scénario.

Lourd comme une plume

Surtout, il est encore plus difficile de se laisser atteindre par la légèreté qu’on nous fait miroiter et qu’on sait d’emblée toute fabriquée, contrefaite comme un produit. Fitoussi fait mine d’ignorer que la légèreté, cela se transmet, mais ne s’invente pas. La tromperie sur la marchandise est d’autant plus flagrante que la recette pour l’obtenir, selon l’auteur, consiste à contrecarrer systématiquement tout ce qu’on entreprend (à l’image de ces plages musicales posant une ambiance avant d’être brutalement interrompues par une chute comique plus ou moins convenue). Sous le prétexte du clin d’œil à Agatha Christie, on fait parler l’héroïne comme le plus insupportablement verbeux des personnages de roman. On pointe du doigt une feuille de chou réelle (Le Nouveau Détective, sans doute partenaire du film), mais on prend soin de la déréaliser en lui accolant des couvertures grossièrement illustrées dignes d’obscures gazettes des années 1930. On nous balade en Italie en nous ressortant les gags moisis de l’âne bloquant la circulation et des brunes incendiaires, et à côté on esquisse un semblant de remise en cause des préjugés nationaux. À force de jouer à prendre le contre-pied à tout bout de champ, Fitoussi laisse transparaître dans sa démarche une réticence à assumer quoi que ce soit, y compris la légèreté qu’il prétend instiller. Et ne laisse dès lors s’installer, en lieu et place de celle-ci, qu’un grand vide, vaguement gênant car tout de même peuplé par ce qu’on devine être un certain mépris de sa part (pour ce qu’il fait, pour ses personnages, pour une comédie qui serait bâtie sur autre chose que des clichés, pour le spectateur auquel il prétend vendre du divertissement total...).

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