Accueil > Actualité ciné > Critique > Petits meurtres à l’anglaise mardi 6 juillet 2010

Critique Petits meurtres à l'anglaise

God ! j’ai le flegme qui se fissure, par Arnaud Hée

Petits meurtres à l’anglaise

Wild Target

réalisé par Jonathan Lynn

Les apparences sont parfois trompeuses, sous ce titre so british ne se cache pas une relecture d’un polar dannyboylesque, mais le remake de Cible émouvante (1993) de Pierre Salvadori. Not so exciting… Sauf que Petits meurtres à l’anglaise s’avère un divertissement aussi anecdotique et modeste que rebondissant et sympathique.

Victor Maynard cultive deux arts parallèles : impeccable tueur à gage tiré à quatre épingles et vieux garçon raffiné très proche d’une mère qui tient soigneusement le book de la carrière sans accroc du rejeton. Ce dernier s’est rendu digne de la lignée, car chez les Meynard, le métier se transmet comme le fief des Hauts-de-Seine dans d’autres familles. Une petite faille cependant, l’absence de descendance, dans laquelle le film va s’engouffrer. Une jolie donzelle (Emily Blunt, effectivement charmante, avec ce qu’il faut de piquant) gruge, avec un faux, l’acheteur véreux d’un tableau volé : « je ne suis pas un gangster, mais j’ai fait vingt ans dans l’immobilier, rien ne m’arrête » fait remarquer ce dernier dans cette réplique aux petits oignons. Voici un nouveau contrat pour notre Victor Maynard, un jeu d’enfant. Sauf que la belle mécanique s’enraille ; quelque peu désarçonné par l’aplomb de la jeune délurée, il commet le péché professionnel ultime : ne pas éliminer froidement sa cible, troublé qu’il est par elle.

Au terme d’une rocambolesque séquence dans un parking où les choses deviennent très très compliquées, une petite équipe se forme : le tueur, la belle et un paumé un peu grunge fumeur de pétard qui squattait le lieu. Le trio constitué dans cette pagaille doit faire le point au plus vite, avec des tueurs à leur trousse. D’abord dans un hôtel fort mal choisi, puis lors d’une mise au vert à la campagne, dans la belle demeure que notre psychorigide de Maynard entretient pour ses vieux jours. On est ainsi lancé sur le boulevard scénaristique de la poursuite entre tueurs sympas et tueurs pas sympas, mais les possibles sentimentaux et sexuels au sein du triangle s’invitent, ainsi que la question d’une paternité de substitution. Et l’on s’amuse à suivre les perturbations occasionnées par la situation sur Maynard, plus que coincé et finalement terrorisé par les rapports humains, quels qu’ils soient. Notamment parce qu’on découvre qu’il est décidément un très très vieux garçon, n’ayant pas réglé la question de son identité sexuelle : il était temps.

En pensant aux efforts visuels et sonores de L’Arnacœur, en guise d’exemple récent, pour maintenir coûte que coûte l’attention du spectateur, on ne peut que se féliciter de cette honnête et divertissante comédie au visuel assez neutre mais soigné et sans laideur, dont le rythme efficace est obtenu sans effet de manche ni agressivité dans la mise en scène, avec, tout de même, une tendance à la répétition. Mais la modestie, celle de Jonathan Lynn – notamment réalisateur en 1999 du sympathique Mon voisin le tueur – en l’occurrence, est parfois bonne conseillère, et une alliée pour le spectateur qui ne quitte pas la salle sonné comme s’il sortait du tambour d’une machine à laver programme triple essorage 3500 tours/minutes [1]. Notons enfin la belle composition signée Bill Nighy en Victor Maynard, pour cette amusante et caricaturale variation autour d’un flegme britannique en proie aux dérèglements les plus étranges.

Notes

[1Ce fut très précisément l’impression de votre obligé à la sortie du film de Pascal Chaumeil…

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