Accueil > Actualité ciné > Critique > Philomena mardi 7 janvier 2014

Critique Philomena

Mère courage, par Carole Milleliri

Philomena

réalisé par Stephen Frears

Avec Martin Sixsmith, politicien déchu converti au journalisme, Philomena Lee part sur les traces d’un passé traumatique pour retrouver son fils naturel, vendu dans les années 1950 à de riches Américains par des religieuses. Steve Coogan produit, co-écrit et interprète le rôle principal de ce mélodrame d’investigation, mis en scène par Stephen Frears. Inspiré par l’enquête du vrai Martin Sixsmith (The Lost Child of Philomena Lee), le film joue la carte du road movie sinueux et flirte avec une émotion doucereuse, mais évite la simple dénonciation offusquée.

Choc des mondes

L’âge, le milieu social, le niveau d’études, les traditions culturelles, la religion sont autant de points qui séparent Philomena (Judi Dench) et Martin (Steve Coogan). L’Irlandaise pieuse et compatissante bouscule malgré tout le Londonien opportuniste et cynique. Martin n’hésite pas à comparer les sœurs du couvent où Philomena a accouché aux Magdalene Sisters (Peter Mullan, 2001) et s’irrite de la gentillesse et de la crédulité sans bornes de la vieille femme. Au-delà des dialogues piquants, la dynamique du film repose pourtant sur les réactions imprévisibles de Philomena. Si elle s’offusque de la rudesse de Martin avec le petit personnel dans les hôtels et restaurants, elle n’est en rien déstabilisée en découvrant l’homosexualité de son fils. Judi Dench excelle dans l’interprétation d’un être ambivalent, dont la candeur et la fragilité apparentes cachent une force tranquille. Face à elle, Steve Coogan évite le cabotinage pour endosser le rôle ingrat de simple contrepoint. L’équilibre de ce duo parvient à tempérer l’intensité d’un mélodrame où l’émotion évite de justesse de dégouliner.

Aventure intérieure

De facture classique, Philomena fait la part belle aux bons sentiments dans de beaux paysages. On y retrouve la flamboyance des décors ruraux de Tamara Drewe sous le regard de Stephen Frears. Son travail de commande prend l’aspect d’une copie sage au service du scénario de Coogan, où la recherche d’un fils perdu devient vite le prétexte d’un voyage introspectif pour deux âmes perdues. Martin et Philomena sont tous deux les produits d’un conditionnement social et culturel que leur épopée commune tend à briser. Au contact de Martin, Philomena explore certes le vaste monde, mais parvient surtout à se libérer du secret, à dépasser sa culpabilité tenace de mère-fille et à faire le deuil d’un passé tronqué, même si la conclusion de son histoire n’est pas celle qu’elle espérait. De son côté, Martin découvre non seulement la cruauté passée des couvents irlandais et les affres de la condition féminine, mais apprend aussi à considérer ses interlocuteurs au-delà de l’intérêt qu’ils peuvent constituer pour sa carrière vacillante. Et, au fil des séquences, la naïveté change de camp et l’empathie contamine…

Toujours sur la corde raide du sentimentalisme, Philomena parvient pourtant à ne jamais vaciller. Ainsi l’épopée mémorielle s’affirme comme un voyage inéluctable vers l’apaisement. La capacité au pardon de Philomena Lee sauve le film de la mièvrerie, en montrant la résistance insoupçonnée d’un être dont la noblesse de cœur devient une arme. De retour en Irlande, quand Martin s’énerve et s’agite vainement, Philomena, silencieuse, accuse d’un regard triste. La vengeance n’a plus de sens, la messe est dite.

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