Accueil > Actualité ciné > Critique > Potiche mardi 9 novembre 2010

Critique Potiche

« Le pire pour moi maman ce serait de devenir comme toi », par Sarah Elkaïm

Potiche

réalisé par François Ozon

Potiche réussit à Ozon. Après des incursions tout aussi diverses que variées, dans le « socio-surnaturel » (Ricky), « l’interrogatif au regard autobiographique déplacé » (Le Refuge), dont on était un peu moins convaincus, le réalisateur renoue avec la veine de Huit femmes et la kitscherie jubilatoire (mais pas du tout du même ordre, ici) d’un Sitcom ou d’un Gouttes d’eau sur pierres brûlantes. Une comédie éminemment bien construite qui surfe sur des codes dont elle se moque gentiment.

Librement adaptée d’une pièce de 1980 de Pierre Barillet et Jean-Pierre Grédy, la Potiche de François Ozon a pris quelques libertés avec le scénario, avec un dénouement inédit. Catherine Deneuve reprend le rôle de Jacqueline Maillan. Elle campe Suzanne Pujol, épouse soumise de Robert Pujol, à la tête d’une entreprise familiale de parapluies, mère au foyer qui s’ennuie vaguement mais reste un pinson gai pauvrement niais. L’oiseau déploie ses ailes lorsque le coq de la famille doit laisser les rênes de la boîte pour raison de santé. Ozon ne laisse rien de côté : la femme qui s’offre sa liberté par le travail, la transmission mère-fille, l’humanisation de l’entreprise par une « gestion féminine », l’émancipation de la figure maritale…

La toile de fond est parfaitement huilée dans le décor, l’acuité parfois acerbe des dialogues, tout le décorum des années soixante-dix, sur laquelle se greffe un discours socio-politique qui colle à l’époque, autant celle de la fin des seventies que la nôtre. Place des femmes dans l’entreprise, dans le foyer, en tant qu’épouse, les questions sont toujours les mêmes. Plus prégnant encore, et plus original, l’écho des revendications sociales de l’époque dans celles d’aujourd’hui : congés, conditions de travail, place des syndicats, l’histoire se répète. Le réalisateur s’amuse à placer quelques allusions aux candidats à la présidentielle de 2007… Mais il y a discours et discours. Ozon n’est jamais dans la posture de celui qui assène, qui « délivre un message ». C’est d’ailleurs l’une de ses marques de fabrique : une minutie telle donnée à la construction de ses personnages que le discours n’est jamais une entité à part mais colle à leur peau comme leurs costumes. Pas de verbiage, pas de bavardage ; le moteur, ici, c’est l’action. Et c’est ce qui fait la réussite de cette comédie franchement hilarante qui ne connaît pas de temps morts.

Le comique est, bien sûr, de mots – les répliques fusent et font mouches, cruelles (Elle est où ma place ? demande Suzanne à Robert qui lui répond Arrête de poser des questions idiotes !, Sois gentille, contente-toi d’écrire tes petits poèmes) ou simplement drôles (le maire communiste mettant Che Guevara et George Marchais sur le même plan). Comique plus diablement efficace encore, la transformation de la confrontation Suzanne / Robert. Tous les ingrédients de la comédie de boulevard sont là : le mari volage, la femme effacée, le retournement de situation. Quand la comédie de boulevard croise les revendications sociétales et les idéologies politiques de chacun et est servie par une ironie un peu vacharde, l’humour fonctionne à plein. Ozon se joue des clichés. Il s’amuse du kitsch qui inonde son film de bout en bout, voire en rajoute une couche en faisant appel à l’attirail du feuilleton, lorgnant presque vers la comédie musicale, notamment dans la mise en relation Depardieu / Deneuve. Cette omniprésente « kitschisation » participe au ressort comique du film, il en est même la marque de fabrique principale. Ozon reprend les ingrédients qui font toute la saveur de Gouttes d’eau…, de Sitcom, de Huit femmes dans une moindre mesure. Ces manies de fétichiste du décor, des couleurs, voire des acteurs, ajoutent une dimension supplémentaire à l’attirail burlesque du scénario. Il utilise ces artifices tout en maintenant une cohérence de l’ensemble qui empêche le film de verser dans l’artificiel.

Et si le casting est impressionnant, ce n’est pas tant par les grands noms qu’il convoque, mais par l’utilisation de ces grands noms : Catherine Deneuve en bonbonne choucroutée un peu niaise (une première scène tout à fait jubilatoire où elle s’extasie sur les animaux rencontrés lors de son jogging !), Gérard Depardieu en communiste, coupe à la Bernard Thibault, Judith Godrèche en grande duduche (rôle où elle excelle, mais, cinéastes, proposez-lui aussi d’autres choses !), Karin Viard en secrétaire piquante et Fabrice Luchini en patron à lunettes réac et intransigeant. Ce n’est pas seulement drôle, ça fait sens. Ozon s’amuse avec ses acteurs qu’il dirige très précisément et s’autorise de savoureux clins d’œil, notamment avec le couple Deneuve / Depardieu.

Sorte de « cinéaste Shiva », François Ozon nous ravit autant dans l’élégance et l’émotion d’un Sous le sable, ou d’un 5x2. Mais on adore tout autant sa façon de surfer avec talent sur la légèreté et le burlesque.

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