Accueil > Actualité ciné > Critique > Predators mardi 13 juillet 2010

Critique Predators

La traque de trop, par Stéphane Caillet

Predators

réalisé par Nimród Antal

Troisième épisode de la saga Predator, ce film produit et écrit par Robert Rodriguez est un beau navet, comme il en pousse beaucoup dans le « cinéma fantastique » actuel. Le problème de cette licence provient de son manque d’originalité : dans les mains d’un réalisateur médiocre, son dispositif scénaristique devient rapidement lassant. Si Nimród Antal est un faiseur honorable, il manque outrageusement de personnalité. Difficile de succéder à John McTiernan.

En 1987, John McTiernan réalisait Predator, une fusion intéressante de plusieurs genres, de la science-fiction au slasher, utilisant à merveille le charisme dantesque d’un Arnold Schwarzenegger en pleine ascension. Cette œuvre fantastique phare des années 1980 transfigure un récit basique : un groupe de mercenaires se faisant traquer et massacrer par une force extra-terrestre. En utilisant toutes les possibilités de l’espace, du hors-champ et du mouvement, la réalisation de McTiernan épouse de façon symbiotique la jungle filmée. Le danger semble provenir de chaque recoin d’un lieu hautement hostile et oppressant. Souhaitant exploiter la réussite esthétique de cette nouvelle licence, les producteurs se sont malheureusement évertués à la vider de tout son sens pour engranger un maximum de profit : une série B anecdotique (le second opus) et deux cross-overs calamiteux, qui opposent les chasseurs d’hommes aux xénomorphes de la saga Alien.

Ce troisième épisode, scénarisé et produit par Robert Rodriguez, grand fan de la saga, tente de relever le niveau en revenant aux fondements du premier film. Le récit en reprend les grandes lignes : des individus armés se voient téléportés dans la jungle menaçante d’une planète lointaine, véritable terrain de chasse pour nos tueurs extra-terrestres. Si cette volonté de s’inspirer de l’œuvre originelle part d’une bonne intention, elle pose rapidement problème : le Hongrois Nimród Antal (auteur de Blindés) se contente de copier laborieusement la mise en scène de McTiernan, sans donner une quelconque ampleur aux espaces filmés. Tout est prévisible et outrageusement montré, le hors-champs étant peu utilisé. Cette production a pour unique dessein de rassurer les fans en les abreuvant de références esthétiques et scénaristiques rappelant avec insistance l’œuvre première. Elle s’inscrit dans cette vague actuelle de remake/reboot de films des années 1980, qui servent à renflouer les caisses des Studios. Les réalisateurs choisis sont, comme ici, des yes men facilement malléables, qui remplissent platement le cahier des charges pour ne pas déstabiliser un public méprisé.

S’embourbant dans les chemins pris par d’autres séries horrifiques (Vendredi 13), cette saga souffre d’un dispositif – traque/tuerie – peu viable sur plusieurs films. Predators n’est qu’un petit slasher paresseux, où l’on attend en dilettante les séquences gores. La présence surprenante d’Adrien Brody au casting ne suffit pas à masquer l’amateurisme d’un produit qui a été écrit et tourné à la va-vite – la Rodriguez touch. L’acteur, peu impliqué, surjoue le tueur d’élite au ton empli de testostérones. Le ridicule des personnages secondaires et l’absurdité du twist final confirment davantage le fond Z d’une production dont la conclusion annonce un quatrième chapitre : le pire semble à venir.

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