Accueil > Actualité ciné > Critique > Prête-moi ta main mardi 31 octobre 2006

Critique Prête-moi ta main

Mais qui a tué le réalisateur ?, par Ariane Beauvillard

Prête-moi ta main

réalisé par Éric Lartigau

Éric Lartigau s’était déjà distingué par son authentique goût du comique troupier en « réalisant » les deux premiers films de Kad et Olivier, Mais qui a tué Pamela Rose ? et Un ticket pour l’espace. Tente-t-il de prendre du galon en mettant en scène le ponte actuel de la comédie, Alain Chabat, et la charmante Charlotte Gainsbourg ? Si l’on rit de temps en temps grâce, justement, aux deux interprètes, on ne peut que déplorer l’absence d’être humain derrière la caméra.

Luis a quarante-trois ans, il est célibataire. Dur, dur de vivre correctement sa reposante solitude lorsque l’on a été élevé dans un matriarcat complet : ses cinq sœurs et sa mère, veuve depuis la mort de son fan de Luis Mariano de mari, le poussent au mariage, à l’émancipation alors qu’elles acceptent encore de lui repasser ses chemises. A bout de souffle, Luis décide d’engager la sœur de son meilleur ami, Emma, pour lui servir de future mariée payée pour déguerpir le jour J. Évidemment, il y aura la difficile cohabitation puis l’apprivoisement progressif jusqu’à ce que les deux célibataires endurcis découvrent enfin l’amour avec un grand A.

Le scénario, comme les personnages, sont tout ce qu’il y a de plus caricatural : Emma est une jeune femme indépendante qui rêve d’avoir un enfant ; Luis a grandi entouré de femmes et rejette donc l’idée d’une quelconque dépendance envers la gent féminine. Si différents, si proches. Les seconds rôles sont du même acabit : le meilleur ami de Luis est immature et radin, il est lui célibataire contraint. Les femmes ont pris le pouvoir dans cette famille et représentent chacune à leur façon un dictateur aux petits pieds. On est d’ailleurs ravi de revoir Bernadette Lafont mais à quel prix ?

On ne peut cependant pas nier que quelques scènes sont vraiment drôles pour une raison simple : Alain Chabat et Charlotte Gainsbourg (assez étonnante dans ce contre-emploi loin de l’image de subtilité et de grâce habituelle) sont de bons acteurs comiques. Alain Chabat en tête est parfois irrésistible en handicapé du sentiment prêt à tout pour échapper au destin marital. On regrette que ses deux talents ne soient pas mis en valeur de façon plus convaincante, et l’on en vient parfois à se demander ce qu’ils sont allés faire dans cette galère. S’amuser sans doute, et cela se voit. Mais sans eux, il ne reste plus rien.

La comédie française est décidément en perte de vitesse par rapport à ses concurrents anglais et américains : elle possède de temps à autres, comme ici, de bons dialogues, de bons interprètes, mais oublie que la mise en scène au cinéma est indispensable pour donner un rythme à une action comique. Dommage, dommage, notre Chabat national et la délicieuse actrice-chanteuse-douée pour tout Charlotte Gainsbourg méritaient mieux que cela.

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