Problemos
Problemos
    • Problemos
    • France
    •  - 
    • 2017
  • Réalisation : Éric Judor
  • Scénario : Noé Debré, Blanche Gardin
  • Image : Vincent Muller
  • Décors : Arno Roth
  • Costumes : Aline Dupays
  • Montage : Jean-Denis Buré
  • Musique : Ludovic Bource
  • Producteur(s) : Matthieu Tarot
  • Production : Albertine Productions, StudioCanal, France 2 Cinéma, Auvergne Rhône-Alpes Cinéma
  • Interprétation : Éric Judor (Victor), Blanche Gardin (Gaya), Youssef Dajdi (Simon), Célia Rosich (Jeanne), Michel Nabokov (Jean-Paul)...
  • Distributeur : StudioCanal
  • Durée : 1h25
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Problemos

réalisé par Éric Judor

Problemos marque une nouvelle étape dans la carrière d’Eric Judor derrière la caméra : non seulement le comédien n’est pour une fois pas crédité au scénario de son film, mais son personnage – calqué sur celui qu’il campe dans la série Platane – d’homme lourd, maladroit, veule et même sournois, se retrouve ici catapulté dans un univers où il n’apparaît plus comme l’élément le plus anormal. De son pitch conceptuel (alors que Victor et sa famille séjournent dans une communauté altermondialiste, une pandémie chimique éclate et décime le reste de l’humanité), le film trace moins un horizon burlesque (comme dans Seuls Two) qu’il ne dessine une galerie de personnages confrontés au défi de recomposer le monde à l’aune de leurs préceptes révolutionnaires. On voit bien ce qui a poussé Judor à prendre les commandes d’un tel projet : à la fois au centre du récit et en marge de la communauté autour de laquelle se structure l’intrigue, son personnage met en exergue les aspects les plus iconoclastes de cette micro-société tout en occupant au sein du groupe une place inconfortable et par là dissonante. Autant sur le terrain de la persona (Platane, où l’acteur joue son propre rôle) que celui du burlesque (le slapstick sanguinolent de La Tour 2 contrôle infernale), le masochisme est en effet la pierre angulaire du comique de Judor, qui incarne ici un gringalet dont la gaucherie renferme là encore une part de monstrueux, entre mensonges et violences qui font beaucoup de la drôlerie du film.

En déséquilibre

Reste que Problemos, sans décevoir, pâtit un peu de sa structure – une suite de sketches loufoques souvent réussis mais qui éloignent parfois son héros du centre de l’action, pour donner la part belle à l’ensemble des comédiens qui gravitent autour de lui. C’est une configuration assez nouvelle pour l’acteur, lui qui a déjà joué dans un ensemble (la série H, mais aussi ses petits rôles dans des comédies françaises populaires), en duo (avec Ramzy Bédia), ou seul contre tous (Platane), mais jamais à la fois au cœur et en périphérie. Ici, sa place hybride est la source d’un déséquilibre qui fragilise un peu ce film dont le charme tient toutefois à sa nonchalance, la promesse d’un argument narratif exceptionnel (l’Apocalypse, rien que ça) étant rapidement brocardée au profit de saynètes qui exploitent un cadre de jeu retranché. Pas de quoi donc bouder son plaisir : il faut aussi aimer les propositions comiques de Judor, très audacieuses, avec leurs ratés. Ils ne pèsent pas très lourd face au reste et témoignent d’une radicalité dans la recherche comique (le film, à sa manière, pousse parfois très loin certains gags) de Judor, décidément une figure bien singulière dans le champ de la comédie française.