Accueil > Actualité ciné > Critique > Quand Chuck rencontre Larry mardi 28 août 2007

Critique Quand Chuck rencontre Larry

In mais surtout out, par Clément Graminiès

Quand Chuck rencontre Larry

I Now Pronounce You Chuck and Larry

réalisé par Dennis Dugan

Chuck et Larry sont pompiers et amis de très longue date. Chuck (interprété par un Adam Sandler cabotin au possible) est un célibataire endurci qui occupe son temps libre (et surtout ses nuits) à vivre de folles passions sexuelles avec une horde de bombasses complètement crétines. Larry, son meilleur ami, est tout son contraire : veuf et père de deux enfants, il ne vit que dans le souvenir de son épouse défunte. Les deux gaillards sont des hommes, des vrais, et s’inquiètent de voir que le fils aîné de Larry pourraient bien être une « tante » parce qu’il fait des claquettes, le grand écart et des cookies.

Pour pouvoir toucher la pension de son épouse, Larry doit se remarier et, n’ayant foi que dans cette amitié virile qui le lie à Chuck, lui demande de se PACSer après lui avoir sauvé la vie lors d’un incendie. D’abord réticent, Chuck finit par accepter mais tous les deux peinent à convaincre l’administration new-yorkaise de l’authenticité de leur union. Pour anéantir les soupçons, les deux hommes décident donc d’emménager ensemble, de se marier au Canada et de dormir dans le même lit. Bien évidemment, ils savent faire preuve d’une finesse inouïe pour lever tous les doutes sur leur homosexualité. Chuck répète à qui veut bien l’entendre qu’il s’enferme dans sa chambre pour écouter du Boy George tandis que Larry pense qu’il faut acheter des serviettes hygiéniques pour donner à leurs poubelles un aspect plus « gay ». Bref, on nage en pleine beauferie même pas drôle où pointe progressivement un discours totalement lénifiant sur l’acceptation des homosexuels (avec la condescendance requise pour rester à juste distance).

Le plus hallucinant dans ce film édifiant du début jusqu’à la fin, c’est finalement ce besoin de revenir en permanence à une hétérosexualité rassurante et normative. La seule scène de désir aura lieu entre Chuck et l’avocate sexy (Jessica Biel) engagée dans la défense des droits des gays. En dépit d’une morale bien pensante sur l’acceptation des différences qu’on aurait peut-être pu trouver courageuse vingt ans plus tôt (notons tout de même que dans la section « produits hollywoodiens grand public », Philadelphia a quand même remis les pendules à l’heure dès 1993), les corps masculins de Chuck et Larry ne se risquent jamais à la moindre ambiguïté : même un simple baiser sur les lèvres devient ici une affaire d’État comme la preuve d’une compromission peut-être sans retour. Mais bien heureusement, l’arnaque dévoilée leur permettra de redevenir aux yeux de la société ce qu’ils sont après tout : des êtres génétiquement programmés pour être hétérosexuels. On aurait encore préféré que ce film n’existe tout simplement pas.

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