Accueil > Actualité ciné > Critique > Romaine par moins 30 mardi 5 mai 2009

Critique Romaine par moins 30

Bécassine au Québec, par Fabien Reyre

Romaine par moins 30

réalisé par Agnès Obadia

Pour son troisième long métrage, la réalisatrice et comédienne Agnès Obadia retrouve son personnage fétiche, Romaine, qu’elle a incarné dans ses premiers films. Mais cette fois, l’héroïne gaffeuse et larguée prend les traits de l’irrésistible Sandrine Kiberlain, parfaite dans la peau de cette grande fille toute simple confrontée à une avalanche de situations improbables. Le résultat, inégal, se laisse néanmoins regarder avec plaisir.

Romaine a vraiment le chic pour se laisser happer par un trou noir de catastrophes en chaînes. Son petit ami, Justin (Pascal Elbé) lui fait la surprise de l’emmener au Québec pour les fêtes de fin d’année. Mais dans l’avion, Romaine, persuadée qu’elle va mourir dans un accident, plaque Justin : trop gentil, trop prévenant et surtout, incapable de la faire jouir. Oui mais voilà : l’avion ne s’écrase pas et Romaine se trouve plantée à Montréal, sans papiers et sans billet retour. Et ce n’est que le début...

En France, où l’humour bas du front pour stars périmées remplit les salles, la comédie burlesque se fait plutôt rare : remercions donc Agnès Obadia de se risquer sur des pistes si peu empruntées. Sur le canevas classique et trop rebattu de la chronique sentimentale d’une trentenaire mal dans sa peau, elle brode son personnage (déjà bien rôdé) avec l’inconscience joyeuse de ceux qui n’ont pas froid aux yeux. Et l’on se laisse guider par le charme éberlué de Sandrine Kiberlain, qui enfile le rôle comme on se glisse dans des chaussons. À vrai dire, on dirait presque que Romaine a été inventée pour elle : l’air de ne pas y toucher, la comédienne se délecte des horribles (et souvent hilarantes) situations inextricables dans lesquelles son personnage plonge la tête la première. Plus c’est énorme, plus on rigole, et le décalage provoqué par le jeu détaché de l’actrice et l’absurdité de ses mésaventures est un petit délice.

Le revers de la médaille, c’est cette impression de film à sketches qui se dégage des péripéties endurées par Romaine : forcément inégales, les différentes parties sont mises bout à bout sans véritable souci de cohérence, malgré un vague fil rouge (Romaine va-t-elle se rabibocher avec Justin ?) et une sympathique tentative de déterritorialisation de l’humour à la française, confronté ici au charme rugueux et chaleureux de nos cousins québecois. Agnès Obadia peine un peu à se dépatouiller de son fil d’intrigues et n’évite pas toujours les blagues au ras des pâquerettes. Surtout, à force de pousser cette pauvre Romaine dans ses retranchements, elle ne parvient qu’à moitié à rendre palpable la grande détresse affective et psychologique de son héroïne − et il faut bien tout le savoir-faire de Sandrine Kiberlain pour insuffler l’humanité nécessaire à un rôle aussi cartoonesque. À bien y réfléchir, Romaine ferait un merveilleux personnage de série télé, de la trempe de ceux qui font les beaux jours des networks américains. À bon entendeur...

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