Accueil > Actualité ciné > Critique > S.O.S. Fantômes mardi 9 août 2016

Critique S.O.S. Fantômes

© Sony Pictures Releasing GmbH

Croisement des effluves, par Benoît Smith

S.O.S. Fantômes

Ghostbusters

réalisé par Paul Feig

Pourquoi un reboot de Ghostbusters ? Les considérations mercantiles habituelles mises à part, l’implication de plusieurs contributeurs du Saturday Night Live peut laisser penser qu’il s’agit de fournir un terrain de jeu remis à neuf pour les nouveaux talents de cette émission comique, plus encore que l’ont été en leur temps les deux films d’Ivan Reitman (initiés par deux piliers du show, Dan Aykroyd et John Belushi). Mais est-ce pour le meilleur ? Le film de Paul Feig se soumet à un curieux cahier des charges, duel et pas très bien équilibré.

D’une part, le fan-service incontournable à l’adresse des chasseurs de vieilles reliques : reproduction de l’esprit nerd et des effets spéciaux à bases d’apparitions cartoonesques et d’ectoplasmes gluants, reprises du vieux thème musical culte, caméos (plus fatigués qu’inspirés) de comédiens de l’ancienne équipe, etc. D’autre part, les mises à jour démonstratives, dont certains ont fait hurler aux États-Unis (aux noms cumulés du Masculinisme Opprimé et de la Madeleine de Proust Bafouée) : inversion des sexes des personnages principaux (jusqu’à faire du réceptionniste un homme), et rafraîchissement de l’humour au goût des années 2010. Or, il s’avère assez vite que l’un de ces deux points de programme fait figure de bouche-trou au regard de l’autre. Les échanges comiques menés par le quatuor McCarthy/Wiig/McKinnon/Jones, modérément savoureux mais quelque peu bridés par les rôles auxquels les actrices sont tenues (on va y revenir), n’en empiètent pas moins sur la proposition de réactualiser les aventures de chasseurs de fantômes new-yorkais sortis tout droit des années 1980. En fait, tout se passe comme si les digressions comiques servaient à distraire du reste du projet, recyclage d’une matière objet d’un certain culte audiovisuel dont on voudrait faire passer la pilule de l’obsolescence et du manque de substance.

Ectoplasmes d’intentions

Car on peut comprendre ce besoin de remplir une place. Après tout, passé cette loufoquerie datée avec laquelle une exploitation en petite franchise, et la télévision, ont perpétué l’attachement du public, que reste-t-il des « Ghostbusters » de 1984 ? On en garde les aventures d’une bande de nerds arc-boutés sur leurs croyances, aux rapports pour le moins complexés avec les femmes (entre misogynie, agressivité et peur de la prise d’initiative de l’autre), et dont le film invitait à adhérer aux agissements. Cette part d’un héritage plébiscité à son époque, on est en droit de la trouver, rétrospectivement, un peu embarrassante. C’est aussi ce qu’ont dû se dire Sony Pictures et les producteurs quand ils ont eu l’idée de relancer la franchise avec des têtes d’affiche féminines et un réalisateur et coscénariste (Paul Feig) réputé pour tirer le meilleur des actrices comiques.

Les femmes en force pour contrer le sexisme de nos parents ? Voire. Sur le papier, confier à des femmes des rôles que les automatismes de casting attribueraient plutôt à des hommes ressemblait bien à une bonne idée. Mais en pratique, c’est comme si les actrices principales (qu’on a connues plus efficaces ailleurs) butaient sur les limites des rôles schématiques qu’elles doivent jouer, ceux des nerds du paranormal, pour complaire au programme de reboot de franchise. Leurs personnages ne sont finalement éloignés des stéréotypes féminins que pour se soumettre à d’autres, tout aussi encombrants.

On pourrait blâmer là la raideur industrielle de l’écriture des rôles et du scénario. Mais on soupçonne aussi Paul Feig de se reposer un peu trop sur ses facilités, brandissant ici son amour bien connu pour les comédiennes rigolotes en argument supposément décisif, voire en étendard féministe, jusqu’à verser dans des initiatives comiques plus tape-à-l’œil que convaincantes. Notamment, on reste pantois devant sa trouvaille douteuse consistant à faire jouer par Chris Hemsworth un réceptionniste beau gosse doté d’un Q.I. à un chiffre. Quand le même réalisateur, dans Spy, ridiculisait de même les personnages de Jude Law et (surtout !) Jason Statham, il s’appuyait avec plus d’à-propos sur les images publiques véhiculées par les carrières de ces deux acteurs. Face au contre-emploi de Hemsworth, il faut aller chercher très loin le vieux cliché du beau blond décérébré pour comprendre la blague et saisir pourquoi on aurait dû rire... Le proclamé « féminisme » de ce reboot, résumé à quelques incartades aussi bruyantes qu’un slogan publicitaire (comme viser les fantômes à l’entrejambe), prend ici un arrière-goût de simulacre.

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