Accueil > Actualité ciné > Critique > Sale temps pour les pêcheurs mardi 1er mars 2011

Critique Sale temps pour les pêcheurs

Sale temps pour le cinéma en Uruguay, par Julia Allouache

Sale temps pour les pêcheurs

Mal Día Para Pescar

réalisé par Álvaro Brechner

L’attente est grande vis-à-vis de Sale temps pour les pêcheurs quand on sait que l’Uruguay, dont le film est originaire, ne produit que deux ou trois longs-métrages par an. Mais qui dit grande attente dit également risque de grande déception. Si l’ambition du premier long-métrage d’Alvaro Brechner est là, le résultat ne suit pas.

Orsini, truand à la petite semaine, et son protégé Jacob, champion de catch sur le déclin, traversent l’Amérique Latine dans le but avoué de relancer la carrière du catcheur mais également de faire ramasser à Orsini quelques billets en passant. De village en village, le défi reste le même : celui qui vaincra la masse Jacob empochera mille dollars. La halte de ce voyou faussement dandy et de sa bête de foire à Santa Maria est l’occasion de remettre leur petit manège en question. Mario, une autre masse, accepte le défi, ce qui ne manque pas d’inquiéter Orsini qui se lance alors dans d’inextricables manigances afin de rassembler les mille dollars promis.

La déception qui accompagne la vision du film est d’autant plus importante que la séquence pré-générique, très réussie, fait des promesses que le film ne tient pas par la suite. Flash-forward. Une ambulance déboule devant l’entrée de l’Apolo où se tient le combat Jacob vs Mario. La police est déjà sur place. Alors qu’une horde de spectateurs déchaînés se précipite à l’extérieur en jetant des pieds de chaises, la caméra s’élève au-dessus de ce chaos surplombé par une musique volontairement sur-dramatique parodiant les envolées lyriques américaines. Puis retour dans l’ambulance en compagnie de deux brancardiers énonçant sur un ton démesurément sérieux, voire tragi-comique, les nombreuses fractures du blessé (nous ne saurons qu’à la fin du film qui se trouvait dans l’ambulance entre la vie et la mort). Cette séquence apporte d’entrée de jeu une urgence, mais surtout un ton pastichant volontiers le sens du drame américain qui est très appréciable.

Puis, c’est le flop. Alors que le film remonte au début des événements, il sombre dans un académisme désolant, tout en plans fixes et champs/contre-champs. Le mélange des tons n’est plus de mise et les personnages s’avèrent être plutôt ennuyeux car réduits à leurs rôles de malfrat séducteur et de benêt hirsute. Pourtant tout est là. Mais le duo Orsini-Jacob aurait pu donner lieu à un peu plus d’enjeux ; le scénario, flasque et gentillet, se garde d’éclater dans une dimension plus franchement absurde et grotesque ; les ressources visuelles de cette bourgade aux allures de ville fantôme ne sont pas exploitées ; de même que sa population, qui fait d’un match de catch l’attraction de l’année, paraît bien trop convenable pour exciter notre attention. Sans tomber pour autant dans la caricature, une précision des traits aurait néanmoins été bienvenue. On sent tout de suite les références du réalisateur : les frères Coen et les westerns flottent là quelque part. Mais un sérieux manque d’audace empêche malheureusement le film de les utiliser efficacement et de se distinguer.

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