Accueil > Actualité ciné > Critique > Sans automne, sans printemps mardi 31 mai 2016

Critique Sans automne, sans printemps

© Hévadis Films

No Futuro, par Benoît Smith

Sans automne, sans printemps

Sin Otoño, Sin Primavera

réalisé par Iván Mora Manzano

Les films équatoriens sont si peu nombreux sur les écrans français que pour les spectateurs de ceux-ci qui en verraient un, la nationalité seule aiderait à en conserver le souvenir. Justement, Sans automne, sans printemps (Iván Mora Manzano, 2012) n’est pas sans rappeler un de ses compatriotes, Quand mon tour viendra (Víctor Arregui, 2006), que le même distributeur Hévadis Films nous a fait très discrètement parvenir en décembre dernier. On y trouve deux ambitions voisines de formuler un discours sur l’état de la société dans un récit choral – mais aussi deux difficultés semblables à dépasser l’attrait pour leurs propres dispositifs. Dans la grande ville de Guayaquil, le film de Mora suit une petite dizaine de personnages, certains marginaux et d’autres moins, tous en rupture avec leur milieu et en quête d’un bonheur évanoui. Outre un scénario organisant des rencontres entre eux comme s’ils faisaient partie de la même communauté (soit un microcosme reflétant la génération active de la société équatorienne), le montage confronte les parcours et les situations des uns et des autres, et parfois d’eux-mêmes à l’occasion de quelques allers-retours temporels.

Quelques idées séduisantes en affleurent (comme cette succession de plans d’un même homme à trois moments différents dans un même ascenseur). Mais le tout ne s’empêche pas d’entretenir une certaine confusion, finalement à l’image de celle du discours du cinéaste, qui semble vouloir en faire beaucoup dans sa mise en scène pour seulement épaissir un sommaire postulat de départ diversement illustré (la recherche d’un bonheur qui échappe aux personnages). Difficile en effet de suivre son film quand il prétend mettre sur la même échelle de valeur un étudiant en droit en révolte contre la corruption et un commercial rêvant de retrouver ses réflexes d’adolescence, la crise conjugale de ce dernier précédant son moment de nostalgie et la crise d’un autre couple à cause du retour d’un amour de jeunesse, l’ex-compagne du commercial qui lorgne vers le petit copain d’une autre jeune femme, etc. Du coup, on voit un peu trop les effets par lesquels le film tente de donner à tout cela une illusion d’unité sinon de convergence, entre les rencontres opportunément arrangées par le scénario, l’usage généreux de musique diégétique rock, le montage saccadé des scènes accélérant laborieusement le rythme, et enfin ce personnage de dealeuse de pilules rebelle à cicatrice, dont le film fait un hypothétique porte-parole de ses préoccupations, l’envoyant avec son magnétophone interroger les uns et les autres sur leurs définitions du bonheur (grande question).

El punk es muerto

D’un bout à l’autre, Iván Mora (dont c’est le premier long-métrage) manifeste surtout son plaisir de filmer et de monter, multipliant, outre les effets de montage, les petits mouvements de caméra plus ou moins signifiants mais souvent décoratifs. Ce qui ne serait pas si gênant s’il ne se reposait pas sur un thème-prétexte aussi envahissant que peu développé, une prétention si peu concrétisée de discours sceptique envers les institutions et l’avenir. La façon dont le réalisateur vend son film comme une « ballade punk » (sans doute sur la foi de son usage de musique et de ses deux personnages les plus rebelles, dont l’étudiant en droit qui finit par se tondre le crâne à l’iroquoise et à penser au suicide) se digère d’autant moins bien que ses efforts ostensibles pour bien filmer, bien monter, mener sans faiblir son récit laborieusement virtuose, accouchent finalement d’incartades pas franchement détonnantes au regard des conventions.

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