Accueil > Actualité ciné > Critique > Sexy Movie lundi 24 avril 2006

Critique Sexy Movie

Sexy Motherfucker, par Raphaël Le Toux-Lungo

Sexy Movie

Date Movie

réalisé par Aaron Seltzer

Sexy Movie est un film extrême de bout en bout. Cru dans sa description des jeux amoureux (Bimbo vs Bellâtre), dans son attention particulière à la lumière et aux couleurs (entre jaune purin et marron étron) comme dans la finesse de ses références (vingt ans de daubes romantiques hollywoodiennes). Une pure expérience de cinéma, qui nous convie à laisser notre cerveau à l’entrée de la salle pour nous faire toucher au mystère le plus profond de notre existence : le vide intersidéral.

Qu’écrire sur un tel film, tellement mauvais qu’il peut rendre agressif ? « L’équipe de Scary Movie reprend du service ! » fanfaronne le dossier de presse, slogan publicitaire qui finalement dit tout du film. Même goût du vulgaire, du gag corporel scabreux et de la citation en forme de détournement (exception faite, qu’ici ce sont les films d’amour et non les films d’horreur qui sont visés) que dans les déjà minables Scary Movie. Pourtant dans la trilogie quelques gags restaient à sauver, à l’inverse de Sexy Movie où tout est consternant et déjà vu, au point que l’on songe à une sorte de Scary Movie movie.

C’est le mouvement le plus daubesque de l’esthétique post-moderne qui s’exprime là, ne reculant devant aucune forme de cynisme pour faire rire son spectateur, n’ayant plus pour références que d’autres références. Ce cinéma vire au Barnum, mais un Barnum débarrassé de toute fascination et de tout esprit de contradiction. Ne nous y trompons pas, ce déballage de dégueulasserie n’a rien de provocateur comme chez les Farrelly ou chez Waters, et la morale triomphe toujours. Le mariage de nos deux tourtereaux aura bien lieu, qui plus est célébré par un nain noir. Deux minorités en une pour célébrer le triomphe de l’amour, nous sommes au Paradis.

Pour finir sur ce type de film qui devient tristement le tout-venant de la production comique américaine (sortie prochaine de Scary Movie 4), une citation du réalisateur et de son scénariste, Jason Friedberg : « Nous voulions créer un film romantique qui plaise aux femmes et une comédie qui plaise aux hommes ! » Les clichés que véhicule ce type de film sur la nature des sexes révèlent bien aussi la vision qu’ont les créateurs de l’humanité : une bande d’abrutis n’ayant plus qu’à réagir à des stimuli – romance pour mesdames, pets, rots et blondasses nues pour messieurs.

Seuls les fans de hardcore et les sociologues alarmistes apprécieront. Mais pour ceux qui n’ont jamais mis leurs yeux devant cet assemblage d’immondices, mais qui seraient tentés par un dépucelage, nous leur recommanderons la bonne vieille morale américaine : restez vierge !

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