Accueil > Actualité ciné > Critique > Shrek 4, il était une fin mardi 29 juin 2010

Critique Shrek 4, il était une fin

Crise deux fois, par Julien Marsa

Shrek 4, il était une fin

Shrek Forever After

réalisé par Mike Mitchell

Censé être le dernier épisode de la saga, Shrek 4 se contente d’une petite histoire tirée par les cheveux, qui ne retrouve ni la verve, ni l’aspect parodique qui avaient fait le succès de la série. Le spectateur a donc droit au service après-vente pour tenter un dernier coup marketing, sans le moindre effort pour se retirer en beauté.

Il n’existe qu’une seule règle inéluctable au pays des pontes d’Hollywood : la loi des séries. Elle pousse tout entrepreneur peu scrupuleux à vouloir exploiter une licence juteuse jusqu’à la lie, sans se soucier de l’essoufflement de la saga, pour en tirer la substantifique moelle que représentent le succès et l’argent. C’est un peu ce qui est arrivé à Shrek, au sens propre comme au figuré. Après la surprise d’un premier épisode sympathique et hilarant, il a fallu en passer par des suites discutables et sans grand intérêt, seulement pour perpétrer la gloire d’un univers plébiscité par le public. Un peu à l’image de ces séries télévisées qui, après une première saison réussie, ne retrouvent jamais l’impact et la justesse de ton de leurs débuts, Shrek a vite dépéri. Ce quatrième épisode fait peine à voir : Shrek est un père étouffé par le quotidien, en pleine crise existentielle, qui ne supporte pas son nouveau statut de star. Il n’est plus un ogre éructant et malpoli, mais une attraction à qui l’on demande de grogner ou faire la grimace. Ironie du sort, le film est lui aussi devenu un manège gentillet.

Que proposer alors ? Shrek évoluant dans un monde emprunt de magie, il semble facile et naturel aux scénaristes de nous servir la mécanique éculée du monde parallèle. Nous voilà donc balancés dans une dimension où l’ogre n’a pas délivré Fiona du château, et où il peut revivre en paix sa bonne vieille vie de fauteur de troubles. Seulement, il s’est fait arnaquer par le sorcier (antagoniste, agaçant et sans relief) qui l’a projeté dans ce monde, et se trouve obligé de reconquérir sa belle avant la fin de la journée sous peine de disparaître totalement du cours de l’histoire. Le retour dans le passé ne donne malheureusement lieu à aucune relecture des épisodes précédents, et délaisse les délicieux anachronismes au profit de gimmicks énervants (un morceau des Beastie Boys sur une scène de danse), stigmatisant le manque d’inspiration criant qui plombe le film. Il est regrettable également de voir, après la réussite d’Avatar dans ce domaine, que la 3D est maintenue au rang d’argument marketing. Shrek 4 en est l’image parfaite : peu de travail sur la profondeur de champ et les textures des personnages, la 3D contamine le film d’une manière plus sournoise. En effet, elle semble plus présente au stade de l’écriture du scénario que sur l’écran lui-même. Le symptôme principal en est la multiplication des scènes d’action et de poursuite, dans le seul but d’en mettre plein les yeux (ce qui n’est, donc, même pas le cas) pour détourner l’attention de dialogues plats et explicatifs. Même l’âne en perd son caquet, c’est dire…

Que subsiste-t-il donc ? Un début de récit tranquillement encourageant, qui reprend à son compte le mantra « ils eurent beaucoup d’enfants et vécurent heureux pour toujours », pour le distordre en un joyeux capharnaüm de pleurs, de biberons et de changements de couches. Ou encore une réjouissante scène de (re)séduction entre Shrek et Fiona qui se concrétise en un concours de poings dans la figure. Des problèmes de rythme viennent émailler ponctuellement le film, et là où les scénaristes savaient auparavant exploiter les situations au maximum, le soufflet retombe discrètement. Le compte à rebours qui plane sur la tête du héros donne l’impression de scènes bâclées, comme s’il fallait se rendre le plus vite possible d’un point à un autre de l’histoire, et résoudre une intrigue brouillonne en une heure et demie. Le caractère irrévérencieux de la série s’en trouve affecté, et se noie sous une épaisse couche de guimauve sans saveur. Preuve en est la morale finale du film sur le bonheur familial, et ces « petits riens quotidiens » qui font le bonheur d’un ogre. Il était temps qu’on en finisse, l’indigestion est proche…

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