Accueil > Actualité ciné > Critique > Shrek le Troisième mercredi 13 juin 2007

Critique Shrek le Troisième

Paramount Pictures France

Tragédie en vert, par Vincent Avenel

Shrek le Troisième

Shrek the Third

réalisé par Chris Miller, Raman Hui

Après un premier épisode rigolo et irrévérencieux et un second volet parfois lourd parce que beaucoup plus référentiel, la saga Shrek déserte cette fois les chemins de l’humour potache pour ados attardés qui avaient fait son charme, et s’adresse avant tout aux mômes et à leurs parents friands d’une morale simple et accessible. Dommage.

Il y a quelque chose de pourri au royaume de Fort Fort Lointain. Tandis que le roi-grenouille est à l’agonie, le prince Charmant s’acquiert les services des méchants de conte de fées, afin de prendre le pouvoir. Avec la mort de son beau-père, qui dans un grand moment d’émotion shakespearienne lui a laissé la couronne, Shrek se voit obligé d’assumer le rôle de roi. Apprenant qu’il existe un autre héritier potentiel à la couronne – prénommé Arthur – l’ogre va tenter de mettre l’intéressé sur le trône. Mais c’est sans compter avec la vilénie notoire du méchant prince Charmant et de ses alliés...

Sorte de production-étalon d’un certain style de cinéma d’animation, Shrek se trouve avec ce troisième épisode victime de son succès et du succès du genre. Après deux épisodes où l’humour potache et généralement assez bas de plafond maintenait le film au dessus de la mièvrerie que son sujet pouvait suggérer, Shrek le Troisième joue à fond la carte de l’infantilisme et, de façon plus gênante, d’un côté moral et donneur de leçon. Le film se veut en effet une apologie au premier degré de la famille, et d’une morale aux relents disneyens : il ne faut pas juger les gens sur leur apparence, un ogre ça peut être gentil, un adolescent peut ne pas être un parfait crétin (et aussi, une femme – ou une ogresse – digne de ce nom, ça reste sur le quai quand son mari part à l’aventure).

En dehors de cette lénifiante leçon, que reste t-il de Shrek le Troisième ? Les gags sont partagés entre le réchauffé redondant et quelques idées bienvenues (un sort qui échange les personnalités de l’âne et du chat dans leurs corps respectifs ; l’école d’Arthur où les plus idiots sont des clones de Harry Potter ; Raiponce, la Belle au bois dormant, Blanche-Neige, Cendrillon, Fiona et sa mère en commando de choc qui casse les murs à coups de boule...). Quant à la mise en scène, le travail sur l’image : la perfection est évidemment au rendez-vous, mais une perfection creuse et vide de sens, qui laisse le sentiment d’une image lisse et sans âme.

Lisse et sans âme : voilà qui définit pleinement Shrek le Troisième, d’autant que son scénario évoque curieusement Cendrillon et le Prince (pas trop) charmant. Il est probable que le scénario du film de l’ogre ayant circulé, le petit et moyennement réussi Cendrillon aura tenté de coiffer le blockbuster au poteau, avec succès. Gags efficaces mais sans réelle envergure, scénario convenu et moraliste : Shrek le Troisième déçoit un brin les amateurs de l’humour (très) bête et (gentiment) méchant des premiers épisodes. On regrette finalement que Shrek devienne gentil, presque propre, et qu’il pète moins fort et moins souvent.

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