Accueil > Actualité ciné > Critique > Sisters in Law mercredi 15 mars 2006

Critique Sisters in Law

Stop ! In the name of love !, par Raphaël Le Toux-Lungo

Sisters in Law

Documentaire sur la condition féminine au Cameroun, Sisters in Law marque avant tout par l’engagement des femmes qu’il met en scène. Des deux côtés de la loi, le parti pris des réalisatrices est de montrer des femmes qui ont bien décidé de prendre en main leur destin et de faire régner la loi face aux coutumes archaïques et à la barbarie masculine. Loin des clichés véhiculés en Occident sur l’Afrique, voilà un petit film qui donne encore envie de croire en de grands idéaux sociaux et à la justice pour tous. Sisters in fight !

Avec Sisters in Law, la cause féministe africaine semble trouver enfin un discours à la démesure de ce qu’il engage. Kim Longinotto et Florence Ayisi, visiblement portées par le combat des femmes qui dirigent les institutions juridiques de la ville de Kumba au sud-ouest du Cameroun, livrent un film brut et fort, sans concession dans ses partis pris et son message. Il faut dire que la situation décrite est en tout point catastrophique : les victimes qui défilent aux commissariats ou dans le bureau de la conseillère d’État ont subi tous les outrages, et la justice qui devrait motiver leur triste condition n’est pas acquise. Des femmes battues et violées par leur mari et des enfants qui ont connu le même sort, doivent encore se battre contre leurs bourreaux et les idées reçues de la communauté d’où elles sont issues.

Le destin de chacune prend la forme d’une bataille quotidienne face à la brutalité masculine, mais une bataille qui n’a rien de chimérique puisque les lois sont écrites mais contrecarrées par des traditions ancestrales ou par la charia qui régit la communauté islamique. La mission des institutions est de faire respecter la loi de l’État par tous.

Sisters in Law est donc un film militant, engagé clairement du côté des femmes, mais en évitant de sombrer dans la dénonciation à tout va. Le dispositif du film, sans voix off et sans musique, description d’affaires judiciaires, évite de tomber dans le brûlot réducteur. Sobre et direct, le discours est loin de tout angélisme même s’il est porteur d’un espoir et d’un désir de voir la loi respectée par tous. Sisters in Law donne une image de la femme et de l’Afrique qui, on l’espère, touchera les Africaines en premier lieu. Pas de moralisme à l’emporte-pièce, pas de leçons édifiantes si ce n’est celle du droit universel et du libre-arbitre, de l’éducation et de la détermination.

L’horrible constat alors ne vaut que par les solutions que ces femmes mettent en place. Pas de descriptions abominables qui ne soient fatalistes, toutes sont utilisées pour confronter les différentes visions du droit des citoyens et mettre en lumière la situation chaotique. Les hommes coupables sont punis comme il se doit et chacun, et surtout chacune, doit comprendre que les horreurs qu’elles vivent ne sont pas tolérables.

Un film qui pousse à l’action en évitant le larmoyant et l’apitoiement. Dans la salle du tribunal comme dans celle de cinéma, on ne doit pas se laisser aller à l’émotion. Quand l’un des maris brutaux éclate en sanglots, loin de jouer pour sa défense, ses larmes lui valent de se faire reprendre par la juge qui le somme de se calmer. Il s’agit aussi par le combat des femmes de permettre à la communauté tout entière d’aller de l’avant, en la plaçant face à ses responsabilités et sa culpabilité.

Ces femmes qui mettent les hommes face à leurs contradictions et leurs faiblesses, sont sublimes d’insoumission et de force de caractère, mais aussi de douceur et d’humour et ce, autant du côté de celles qui font respecter la loi que du côté des victimes. Les derniers plans sont à ce titre exemplaires. Pleines d’une énergie enfin libérée, ces femmes-fleurs dans leurs boubous multicolores se retrouvent entre elles. Elles semblent pouvoir alors s’épanouir vers un futur qu’elles auraient conquis, donnant ainsi raison au précepte de Picabia : « Ce n’est pas le luxe féminin qui attire le mâle, mais l’imbécillité masculine qui éloigne la femme. » Que les réalisatrices aient fait le choix à leur tour de permettre à ce message de circuler à travers le monde, voilà une initiative de cinéma des plus louables.

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